Les relations entre l’UE et les micro États européens

Les relations entre l’UE et les micro États européens

 

Bon nombre d’Européens ne savent pas où se trouvent les petits États, ni quelles relations ils entretiennent avec l’Union européenne. Andorre, Monaco, le Liechtenstein, Saint-Marin et le Vatican sont les cinq micro États d’Europe, et bien qu’ils n’appartiennent pas à la communauté européenne, ceux-ci entretiennent des liens avec l’Union. Cela leur permet d’avoir quelques avantages économiques tout en renforçant leurs relations avec leurs voisins.

 

D’après le Larousse, un micro-État est « un État exceptionnellement petit par sa superficie (inférieure à 1 000 km2), et/ou sa population (moins de 500 000 habitants) et disposant généralement de faibles ressources économiques » De par leur petite taille, ces pays ont des contraintes géographiques, démographiques, économiques et doivent s’adapter pour survivre. Pour cela, ils signent des accords bilatéraux avec leurs pays voisins ou avec l’UE afin de dynamiser leur économie. La géographie, la démographie, et le système particulier de ces États leur permettent souvent d’attirer les entreprises qui y voient une opportunité de réduire leurs coûts et ainsi faire augmenter facilement leur profit.

 

Quel est leur réalité dans le contexte européen ? Comment ces États arrivent-ils à exister et à avoir une voix qui compte à l’échelle européenne ? Est-ce que ces nations seront amenées à intégrer l’Union européenne un jour ? Comment l’Union européenne s’associe pour les aider ? Voici l’ensemble des questions auxquelles nous allons essayer de répondre dance cet article.

 

  • Andorre : Une coopération qui pourrait s’approfondir ?

 

Depuis la fin des années 1990, Andorre a des liens avec l’UE symbolisés par l’entrée en vigueur d’une union douanière en 1991 et la signature en 2004 d’un cadre de coopération sur l’environnement, le transport, la culture et la politique régionale d’après France Diplomatie. L’union douanière s’applique sur les produits industriels et permet à Andorre d’appliquer les règles du commerce extérieur de l’UE. A l’inverse, les industries andorranes bénéficient d’un accès simplifié au marché européen, leur offrant un profit plus rapide, selon Epona Group Andorre. De plus, depuis 2011, l’Euro est la monnaie officielle du territoire et Andorre peut frapper ses propres pièces.

 

Seulement, malgré ce rapprochement européen, Andorre ne fait pas partie de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ni de l’espace Schengen. La coopération européenne d’Andorre se fait via des accords et notamment grâce à ses bonnes relations avec ses voisins, l’Espagne et la France. Elles ont conduit à l’ouverture, en 2024, par le Conseil de l’UE, d’un accord avec la France et l’Espagne sur la gestion des frontières, permettant de diminuer drastiquement les contrôles douaniers en Andorre.

 

Malgré le fait que les petits États ne soient pas membres de l’Union européenne, Andorre œuvre pour développer les relations avec UE et entre eux, les petits états. Si bien qu’en 2015, la Commission européenne ouvre les négociations en vue d’un accord d’association avec Andorre, Monaco et Saint-Marin, afin de les intégrer au marché intérieur en leur fournissant un cadre spécifique. Actuellement l’accord n’est pas encore entré en vigueur, malgré le feu vert des institutions européennes.

 

D’après Epona Group Andorre, le projet prévoit une participation d’Andorre au marché intérieur ainsi que l’instauration d’un cadre institutionnel commun. De plus, la Commission européenne s’adapte à la singularité andorrane en proposant une intégration progressive des produits du tabac, en reconnaissant certaines normes du transport routier et en favorisant la non-discrimination des entreprises locales.

 

Sur le papier, cet accord serait parfait pour Andorre, lui permettant de bénéficier des avantages du marché unique, et de renforcer son économie. Epona Group Andorre parle Ce serait, dans ce cas, d’une « intégration fonctionnelle au marché intérieur sur une base contractuelle et évolutive », et ce type de coopération « vise les pays de petite taille qui souhaitent l’accès à des libertés clés sans les attributs (et obligation) politiques d’une adhésion complète. » De plus, les procédures sont plus lisibles pour les entreprises et la circulation des habitants est nettement facilitée.

 

En définitif, cet accord est bénéfique à Andorre et renforcerait la coopération entre l’Union européenne et ce micro État. Reste à voir la décision de la population locale qui se prononcera à travers un référendum durant 2026. On comprend néanmoins que les enjeux de coopération entre l’UE et Andorre reposent avant tout sur des accords économiques, permettant au pays de rester prospère.

 

  • Monaco : Une relation destinée à stagner ?

 

Monaco entretient de forts liens diplomatiques avec la France, de par sa position géographique et sa proximité culturelle. De plus, le territoire entretient quelques liens avec l’Union européenne. France Diplomatie rapporte que Le territoire a adhéré à la Convention culturelle européenne du Conseil de l’Europe de 1954 et est membre du Conseil de l’Europe depuis 2004. Cela montre l’attachement de Monaco au projet européen, lui qui a, par ailleurs, intégré l’union douanière, fait partie de la zone Euro et possède un ambassadeur à Bruxelles.

 

Monaco est un territoire très prisé par les entreprises et les personnes fortunées de la planète, favorisant ainsi les dérives. L’État monégasque s’implique alors avec l’UE dans la lutte contre le blanchiment d’argent, la lutte contre l’évasion fiscale, le financement du terrorisme et la contrefaçon. Le service diplomatique de l’Union européenne indique qu’Un accord a en effet été signé entre le territoire et l’UE en 2005, puis actualisé en 2016, permettant un échange d’informations crucial dans cette lutte. Outre la guerre contre le blanchiment d’argent et la criminalité organisée, Monaco a donné 1 millions d’euros à l’Union européenne lors de la crise du COVID-19 et des échanges réguliers sur des sujets politiques existent entre Monaco et l’UE. Ils portent majoritairement sur la préservation des océans et la politique maritime européenne.

 

Comme pour Andorre et Saint-Marin, l’UE entrevoit un accord afin de permettre à Monaco de participer plus activement à son marché intérieur. Selon Monaco Tribune, Cet accord « bénéficierait au commerce de gros, l’industrie manufacturière, le transport et la pharmacie », des secteurs qui représentent 20% de l’économie monégasque. Bien que l’accord n’impactera que de peu l’hôtellerie et la finance, les avocats et les architectes risquent d’être fortement lésés et des pans entiers de l’économie du territoire devront s’adapter.

 

Ainsi, de vives inquiétudes persistent quant à l’application de cet accord et son aspect positif sur l’économie monégasque. Pour le Ministre d’État Pierre Dartout, indique dans Monaco Tribune « il faudra trouver des solutions concrètes permettant de faire l’équilibre entre les exigences de l’UE et celles des Monégasques et résidents ». Cette même source rapporte que les membres du gouvernement sont sceptiques et se demandent s’il est d’utilité nationale d’aboutir à une telle association.

Pour le moment, la relation avec l’UE est une coopération basée sur la lutte contre les dérives monétaires et un dialogue sur la protection de l’environnement. Si des discussions sont en cours pour approfondir cette relation, la préservation des intérêts monégasques prime pour les décideurs politiques locaux (simple changement de place) face aux exigences européennes.

 

  • Le Liechtenstein : Le micro-État le mieux intégré à l’UE ?

 

Le Liechtenstein est probablement le micro État le plus intégré à l’Union européenne, bien qu’il n’en soit pas membre. Selon France Diplomatie, Le pays adhère à l’Espace Économique européen en 1995 et à l’Espace Schengen en 2011. De là, une très forte coopération se met en place : le Liechtenstein intègre le système de Dublin sur le droit d’asile en 2015, signe un accord avec l’UE sur l’échange automatique d’informations afin de lutter contre l’évasion fiscale en 2017 et participe activement aux sanctions contre la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine.

 

D’un point de vue économique, l’Union européenne représente le premier partenaire du Liechtenstein et également le plus grand. Le fait que le pays appartienne à l’EEE (Espace Économique Européen) fait de lui un micro État différent des autres. D’après la Délégation de l’Union européenne en Suisse et pour la Principauté du Lichtenstein, Cette intégration permet au Liechtenstein de :

 

  • Participer au marché intérieur de l’UE, aux agences et aux programmes de l’UE.
  • Participer financièrement à la cohésion sociale et économique de l’UE et de l’EEE.
  • Nouer un dialogue politique régulier sur les questions de politique étrangère au niveau ministériel et entre experts.

 

Toute l’Europe rappelle que L’Espace Économique Européen est composé des 27 États membres de l’Union européenne auxquels on ajoute le Liechtenstein, la Norvège et l’Islande. Les membres de l’EEE bénéficient des avantages de la libre circulation, appliquent également les mêmes règles politiques que l’UE et peuvent participer à des programmes européens comme Horizon Europe ou Erasmus +.

 

Cependant, toujours selon Toute l’Europe, les États membres de l’EEE doivent appliquer certaines des lois de l’UE sur leur territoire et respecter le droit européen. De plus, ils ne participent pas au vote des textes, mais sont obligés, a posteriori, de les appliquer. Ils doivent également contribuer au budget européen et accepter le régime européen de contrôle des aides d’État.

 

Le gouvernement du Liechtenstein, est très satisfait de cette adhésion et de ce compromis trouvé et espère développer ces relations dans le futur. Selon lui, « l’accès sans entrave au marché intérieur européen, qui comprend au total 30 États et environ 450 millions de citoyens, constitue un avantage géographique ainsi qu’un facteur essentiel pour la sauvegarde durable et la stabilité de l’économie liechtensteinoise. […] L’accord de l’EEE a ouvert de nouvelles opportunités commerciales, conduisant à une diversification accrue de l’économie liechtensteinoise. L’adhésion à l’EEE offre également au Liechtenstein une très bonne position de départ pour tout développement ou approfondissement de l’intégration européenne ».

 

  • Saint-Marin : Un pays attaché à son indépendance et à son histoire

 

Bien que le Liechtenstein soit possiblement le micro Etat le plus intégré à l’UE, Saint-Marin reste assurément le plus particulier, du fait de sa géographie, son histoire, ses choix politiques et diplomatiques. Ceux-ci ont influencé les relations du pays avec l’Union européenne, mais également ses partenaires, pays voisins et l’Italie. Pour bien comprendre les relations diplomatiques du pays, il faut avant tout comprendre son histoire et les contraintes liées à son territoire.

 

L’IRIS rapporte que Saint-Marin s’étend sur 61,2 km² avec une population de 34 000 habitants. Le territoire est également enclavé en Italie, ne lui donnant ni accès à la mer, ni ressources, ni avantages géographiques. Fondée en 301, la République de Saint-Marin est la plus ancienne république au monde et cela se traduit dans son organisation politique. Elle est, en effet, gouvernée par deux chefs d’État qui travaillent ensemble et se relaient tous les 6 mois pour éviter que le pouvoir soit concentré autour d’un seul homme. Cette singularité s’exporte sur la scène internationale ou Saint-Marin adopte une position de « survie »

 

Concernant l’Union européenne, France Diplomatie indique que le pays a intégré le Conseil de l’Europe en 1975 et entretient des relations avec l’UE depuis 1983. Saint-Marin a adopté l’euro et un accord a été conclu en 2012 avec l’UE, afin de renforcer la lutte contre l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent. Concernant l’accord de 2015, France Diplomatie stipule que Saint-Marin est favorable à l’accord de 2015 et la Commission européenne a adopté les propositions du Conseil relatives à la conclusion de cet accord en 2024. Comme pour Andorre, il manque encore la signature de Saint-Marin et l’approbation du Parlement européen.

 

Le plus intéressant réside dans la stratégie de Saint-Marin sur la scène internationale. Le pays n’hésite pas à faire valoir ses intérêts quitte à ne pas suivre l’opinion de l’Italie ni de l’Union européenne. Selon l’IRIS, Saint-Marin est allé demander des masques aux russes pendant la pandémie de COVID-19 car l’UE et l’Italie ont mis plusieurs mois pour lui en fournir. Néanmoins, Saint-Marin soutient l’Ukraine notamment face à la justification russe de la guerre, mais également pour maintenir de bonnes relations avec l’UE. Enfin, le micro Etat entretient de bons rapports avec la Chine et les États-Unis, mais se permet de les critiquer, signe d’une force politique.

 

La question de l’adhésion à l’UE s’est déjà posée pour le gouvernement de Saint-Marin, mais son désir d’indépendance est trop important et les exigences de Bruxelles trop contraignantes pour un pays comme le sien. Finalement, en attendant la ratification de l’accord avec l’UE, Saint-Marin se retrouve, pour le moment, dans une situation confortable car le pays profite des avantages de l’espace Schengen et de l’espace monétaire, qui stimulent son économie. Une situation qui pourrait devenir encore plus confortable dans les mois et années à venir.

 

  • Vatican : Une relation particulière pour un État particulier

 

Au vu de sa population et de sa taille, le Vatican entretient une relation singulière avec l’Union européenne. Le plus petit État du monde, mais également le moins peuplé, est vu sur la scène internationale et par l’UE comme un pays à part géographiquement et diplomatiquement. De par ses liens avec l’Italie, le Vatican entretient des relations avec l’UE, officialisées en 1970 selon Toute l’Europe. Le Saint-Siège a par ailleurs soutenu la création de la CECA, témoin de son soutien pour le projet européen.

 

Concrètement, le Saint-Siège ne fait partie ni de l’UE, ni de l’espace Schengen, ni de la zone Euro. Toute l’Europe rapporte également qu’un accord monétaire a été conclu entre l’UE et le Vatican, permettant à ce dernier d’utiliser l’euro comme monnaie légale et d’émettre des pièces. La Délégation de l’UE auprès du Saint-Siège stipule que Cet accord englobe la lutte contre la contrefaçon, le blanchiment d’argent et la lutte contre le terrorisme.

 

Cette relation s’articule autour d’un échange constant entre le Saint-Siège et l’UE qui s’est renforcé en 2015 avec la création d’un « Dialogue structuré annuel sur la politique étrangère et les questions mondiales » d’après la Délégation de l’UE auprès du Saint-Siège. Le projet européen s’articule autour de valeurs telles que la liberté, la paix, la démocratie, le multilatéralisme, les droits de l’homme ou encore la lutte contre la pauvreté. Des valeurs que prône également le Vatican, les deux partenaires sont donc très proches sur cet aspect.

 

Ce dialogue se traduit par des visites officielles de personnalités européennes au Vatican. António Costa a été reçu au Vatican en juin 2025 pour, d’après Toute l’Europe, « intensifier le dialogue sur des thèmes communs ». De même que le Pape François a prononcé un discours devant le Parlement européen en septembre 2025 et le Pape Saint Jean-Paul II a visité la Commission européenne en 1985 selon la Délégation de l’UE auprès du Saint-Siège.

 

Au-delà des échanges et partenariats économiques, comme on peut le voir avec d’autres micro Etats européens, la relation UE-Vatican est surtout articulée autour du dialogue et de la promotion de valeurs communes. La particularité du Saint-Siège et de sa diplomatie oblige l’UE à adapter ses relations et sa diplomatie avec ce partenaire.

 

CONCLUSION

 

Les relations entre les micro Etats et l’Union européenne sont particulières. Ces nations sont confrontées à des contraintes territoriales, économiques et démographiques, qui les obligent à adapter leurs relations diplomatiques. Dans un second temps, c’est aussi à l’Union européenne d’adapter son approche vis-à-vis d’eux, pour respecter leurs intérêts et leurs particularités. L’Union européenne arrive parfaitement à entretenir des liens avec ces nations en leur faisant profiter des avantages du marché unique, sans leur en imposer les contraintes. Cela dynamise indirectement l’économie de l’Union.

 

De plus, ce compromis convient parfaitement aux micro Etats car ils en tirent des avantages économiques sans intégrer l’Union européenne. Bien que Saint-Marin y ait pensé, les contraintes administratives imposées par Bruxelles sont trop lourdes. Les petites infrastructures de ces États les rapprochent entre elles, améliorant ainsi leur fonctionnement. La Tribune rapporte qu’une intégration imposerait un recrutement massif et une formation du personnel trop importante, ce qui n’est pas en accord avec les contraintes démographiques de ces nations. De plus, ces entités perdraient leur singularité, leur autonomie institutionnelle et diplomatique , facteurs principaux de leurs souverainetés.

Au final, le plus important pour ces États est de garder leur modèle tout en nouant des accords qui leur permettent de sécuriser leurs intérêts respectifs.

 

Maison de l'Europe de Paris

Maison de l'Europe de Paris

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