Après la publication du dernier rapport du GIEC et à l’aube de la COP 26 de Glasgow, l’Union européenne aspire à asseoir un leadership européen fort en matière environnementale. Tour d’horizon des réalisations et ambitions vertes de l’Europe à quelques jours du vingt-sixième sommet international sur le changement climatique.

“Le décrochage est palpable par rapport aux engagements formulés lors des négociations des Accords de Paris”, déclarait Michel Derdevet, président de la Maison de l’Europe de Paris et expert du secteur de l’énergie, lors d’une conférence-débat* organisée en partenariat avec Kantar Public.

Si l’alarmant rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le changement du climat (GIEC) n’a pas résolu le président chinois ou russe à participer personnellement à la COP 26 de Glasgow, les espoirs restent pour autant relativement importants quant aux négociations qui s’y dérouleront.

> L’UE souhaite “passer la seconde”

A quelques semaines de la COP 26 et alors que l’Union a pour grande ambition de devenir le premier continent neutre en carbone d’ici 2050, elle a réaffirmé ses engagements climatiques cet été avec l’adoption de sa loi climat. “Après le Pacte Vert pour l’Europe, il s’agissait de passer la seconde”, expliquait Valérie Drezet-Humez, cheffe de la représentation en France de la Commission européenne. “Désormais et depuis juin 2021, nos objectifs sont inscrits dans la loi. C’est un signal juridique et politique fort encore jamais pris”. L’Union européenne s’est en effet juridiquement obligée à respecter les objectifs qu’elle s’est fixée en matière de réduction de ses gaz à effet de serre, et notamment à réduire de 55% ses émissions d’ici 2030.

De façon encore plus concrète, la Commission européenne a présenté en juillet son paquet “ajustement à l’objectif 55” ou “fit for 55”, contenant une douzaine de dispositions visant à la réduction de ses émissions. Sur la table des discussions, le paquet est désormais entre les mains des colégislateurs européens, le Conseil de l’UE et le Parlement européen.

> Une opinion publique en accord avec les engagements européens

Les dernières études Eurobaromètres réalisées par l’institut d’études Kantar Public viennent globalement soutenir l’engagement européen pour le climat.

A la question “quelles sont les deux problématiques les plus importantes auxquelles doit faire face l’Union européenne ?”, 28% des français répondaient “l’environnement” au printemps 2021, contre 8% au printemps 2016. Plus généralement, l’étude révèle que si une inégale distribution de la problématique en Europe existe, il est certain que la question environnementale a progressé dans l’échelle des préoccupations majeures des européens.

Les données montrent également une réelle disponibilité de l’opinion publique européenne. Trois quarts des citoyens européens estiment que les coûts engendrés par les dommages causés par le changement climatique seraient plus élevés que la transition verte, se montrant ainsi disposés à penser que l’adaptation au changement climatique peut avoir des conséquences positives.

> La fin de l’opposition environnement – économie

C’est d’ailleurs dans le dépassement de l’opposition économie contre écologie que se rejoignent l’opinion publique et l’action de l’Union européenne. Selon Valérie Drezet, “l’environnement représente aujourd’hui un pacte de croissance et celui-ci qui doit être porté à la COP 26”.

Les objectifs de l’Union européenne pour la COP 26 porteront sur plusieurs domaines, celle-ci espérant jouer le rôle de locomotive.

Il faudra pousser notre ambition, mais aussi pousser les autres à être ambitieux” rappelle Valérie Drezet. C’est d’ailleurs la logique qui sous-tend le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières que prévoit l’UE, et qui constituera l’une des grandes chantiers de la présidence française du Conseil de l’UE. Pour pouvoir faire entrer un produit sur le marché européen, il faudra grâce à ce mécanisme respecter les objectifs européens en matière d’émission. “Le but est de mettre sur nos partenaires mondiaux une pression saine et positive” selon Valérie Drezet.

Il s’agira aussi de débattre sur les plans de réduction d’émissions de gaz à effet de serre de chacun des Etats participants, dont un certain nombre de copies sont encore attendues, comme le rappelle Marine Pouget, Responsable gouvernance internationale sur le climat du Réseau Action Climat. “Les plans de la Chine, l’Inde, ou encore l’Arabie Saoudite manquent encore à l’appel”. Le but sera alors de mettre en place un bilan mondial, permettant d’analyser les avancées des Etats et ainsi de donner une crédibilité aux engagements pris à la COP 21 à Paris.

S’agissant des financements, l’Union européenne est également engagée. Au-delà de ses programmes de recherche, tel qu’Horizon 2020 afin de rendre les villes plus résilientes, elle s’est aussi engagée pour que les enjeux sociaux et environnementaux ne soient pas opposés. Au cœur du pacte vert sont nés notamment le fonds de transition juste, le fonds social climatique, afin d’aider les Etats ou régions en reconversion ou directement les citoyens en précarité énergétique.

A la COP 26, il s’agira également de remettre en avant les questions de solidarité internationale, et notamment l’aide aux pays en développement afin qu’ils puissent mettre en place leur transition. “Sur les 100 milliards par an promis par les pays développés, seuls 79 ont été débloqué pour l’instant”, rappelle Marine Pouget. Si l’UE est et reste en la matière le principal bailleur, il faudra également qu’elle veille à entraîner les autres grandes puissances à en faire autant…

*Les citations présentes dans cet article ont été récoltées lors de la conférence organisée en partenariat avec Kantar Public “Les ambitions vertes de l’Europe à l’aube de la COP26” du 21 octobre 2021. Retrouvez les débats en replay au lien suivant.

L’article en version PDF ICI.

 Article rédigé par le Centre Europe Direct de la Maison de l’Europe de Paris et publié en partenariat avec Voix d’Europe le 26/10/2021.