Politique climatique européenne, où en est-on ?

Politique climatique européenne, où en est-on ?

 

 

Dans son discours sur l’état de l’Union 2026, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a souligné que « notre prospérité et notre sécurité futures dépendront en grande partie de notre gestion des points de bascule de notre époque : le changement climatique et l’IA ». Elle a ainsi marqué l’importance donnée par l’Union européenne à la lutte contre le changement climatique, après un été caniculaire où il y a eu « plus de 35 000 décès supplémentaires pendant les vagues de chaleur » et des incendies ont éclaté dans plusieurs Etats membres. Qu’est-ce que cela veut dire en application ? Quelle est la politique de l’UE en matière de lutte contre le réchauffement climatique et comment a-t-elle évoluée ? Afin de faire un état des lieux de la politique climatique européenne actuellement, nous pouvons mettre en avant plusieurs moments charnières qui ont mis ces questions sur l’agenda politique européen.

 

Des engagements fondateurs à l’ambition du Pacte vert européen

 

Tout d’abord, au sein de l’UE, la politique climatique est une compétence partagée entre l’Union et ses États membres, conformément à l’article 4 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), qui autorise ces deux entités à adopter des mesures juridiquement contraignantes. Le Traité de Lisbonne mentionne explicitement le changement climatique comme objectif à l’article 191, définissant ainsi la gouvernance climatique de l’UE. L’Accord de Paris de 2015 a encore renforcé l’engagement de l’UE en faveur de stratégies climatiques à long terme.

 

Un autre moment, qui a renforcé l’intérêt pour l’enjeu de la lutte contre le changement climatique, sont les marches pour le climat, en 2019, portées par la jeunesse. Elles ont contribué à placer l’écologie au cœur des priorités politiques, notamment lors des élections européennes. La Commission européenne a même inclus cette question au cœur de ses priorités pour la mandature de 2019-2024, avec comme premier objectif la réalisation d’un Pacte vert pour l’Europe.

 

Ce plan ambitieux, sa feuille de route en matière de politiques climatiques, le Pacte vert pour l’Europe, verra le jour et sera finalement adopté en 2021. Il intègre des objectifs tels que « Fit for 55 » ou Ajustement à l’objectif 55 en français, c’est-à-dire réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’UE d’au moins 55 % d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ainsi, nous pouvons voir comment, ces dernières années, l’UE s’est imposée comme un leader mondial en matière d’action climatique avec une vision ambitieuse.

 

Entre compétitivité et transition écologique, un nouvel équilibre politique

 

Cependant, ses priorités en matière de politique climatique ont évolué à la suite des élections européennes de 2024, marquées par une mobilisation plus faible des jeunes et un changement d’équilibre au sein du Parlement européen. En effet, deux nouveaux groupes d’extrême droite ont été créés, les Patriotes pour l’Europe (dont de nombreux membres qui appartenaient à l’ancien groupe Identité et Démocratie) et l’Europe des nations souveraines. Le groupe de droite eurosceptique, Conservateurs et réformistes européens, est quant à lui devenu le troisième groupe politique en taille, avec 81 sièges, surpassant les centristes libéraux de Renew Europe qui détenait cette position précédemment. Ce changement est une des raisons qui peut expliquer les nouveaux objectifs de l’UE pour la mandature 2024-2029.

 

Ainsi, dans cette nouvelle mandature, la Commission européenne a choisi de concilier compétitivité et transition écologique, en assouplissant certains aspects du Pacte vert lancé en 2021. On voit cela par exemple dans le portefeuille de la commissaire espagnole Teresa Ribera, qui est première vice-présidente exécutive de la Commission européenne pour une Transition propre, juste et compétitive. De même, depuis février 2025, la Commission européenne a publié douze paquets de mesures dits Omnibus dont certains visent à simplifier plusieurs textes du Pacte vert notamment les exigences de reporting durable des entreprises. Ainsi, le champ d’application de la directive sur le reporting extra-financier (CSRD) a été réduit, passant d’environ 50 000 à 10 000 entreprises concernées, tandis que la directive sur le devoir de vigilance (CSDD) a été significativement révisée. Ces évolutions entraînent un allègement des exigences en matière de transparence et de responsabilité environnementale.

 

Conclusion

 

Pour l’Union européenne, le changement climatique est une priorité, mais la manière de lutter contre et de le traiter peuvent être modifiées en fonction des priorités politiques avec lesquelles il est concilié, comme la compétitivité et des équilibres politiques qui régissent les différentes institutions européennes qui proposent et votent les lois en la matière. Si le Pacte vert a permis de fixer des objectifs ambitieux à long terme, les mesures de simplification adoptées depuis 2025 témoignent d’une volonté de mieux articuler transition écologique et compétitivité économique. L’enjeu pour l’Union européenne sera donc de maintenir le cap vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, tout en adaptant ses politiques aux nouvelles priorités économiques et politiques, sans que cet équilibre ne se traduise par un affaiblissement excessif de ses ambitions climatiques.

Maison de l'Europe de Paris

Maison de l'Europe de Paris

D'autres ressources qui pourrait vous intéresser.

Souscrire à notre newsletter