Retranscription de l’interview d’Arnaud Ngatcha dans le JDD, en date du 30 janvier 2022

Arnaud Ngatcha, adjoint chargé de l’international : « Paris a un rôle à jouer en Europe ».

L’adjoint d’Anne Hidalgo chargé de l’international et de la francophonie vient de récupérer le portefeuille de l’Europe. Il nous dévoile sa feuille de route.

Pourquoi la Ville de Paris a-t-elle besoin d’un adjoint chargé de l’Europe, des relations internationales et de la francophonie ?

C’est indispensable, compte-tenu du rayonnement de Paris, de son image, de sa place dans le monde. Tous les chefs d’Etat en visite d’Etat en France rencontrent la maire à l’Hôtel de Ville ; c’est le protocole républicain. Dès 1979, Jacques Chirac avait fondé l’Association internationale des maires francophones (AIMF), que préside aujourd’hui Anne Hidalgo. Notre ville est aussi la première collectivité au monde contributrice à l’Aide publique au développement (ADP), avec 58,8 millions d’euros pour l’accueil des réfugiés et 6,1 millions pour l’action internationale en 2020, soit plus de la moitié de l’aide versée par les collectivités territoriales française ; les cinq premiers bénéficiaires étant le Cameroun, le Sénégal, le Cambodge, le Bénin et le Burundi. La plupart des ambassadeurs à Paris sont mes interlocuteurs réguliers. Je représente aussi notre ville au sein des différents réseaux de villes, comme le C40 (métropoles engagées sur les enjeux climatiques) ou le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE).

Quel rôle la Ville entend-elle jouer dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, assurée par Emmanuel Macron du 1er janvier au 1er juillet ?

Il s’agira d’affirmer la capacité d’influence de Paris auprès des institutions européennes, notamment dans l’élaboration des normes pouvant avoir un impact sur les politiques municipales. Nous mènerons des actions pour mobiliser les Parisiens et feront remonter les propositions du Conseil parisien des Européens, une institution unique en France, créée en 2018, qui regroupe 61 membres de toutes les nationalités de l’Union européenne. Anne Hidalgo organisera également un grand événement qui réunira à Paris des centaines de maires de villes européennes, à une date qui reste à fixer au premier semestre. La diplomatie des villes, qui existe depuis Chirac, a pris de l’ampleur. Paris a décuplé son influence à l’international avec son engagement pour le climat. Sur quels dossiers comptez-vous monter au créneau ? Outre la transition écologique, Anne Hidalgo est à la tête de deux combats en Europe. Le premier, c’est la défense active des libertés fondamentales et de l’État de droit face aux régimes populistes. Nous sommes engagés auprès des villes amies, les capitales progressistes des pays du groupe de Visegrad – Varsovie, Budapest, Prague, Bratislava – confrontées à des gouvernements conservateurs mis à l’index.

Et l’autre « combat » ?

Nous voulons faire changer les règles pour que les villes puissent accéder directement aux financements européens. Les mécanismes d’aides de l’Union européenne doivent être plus simples et fléchés sur les villes, qui sont en première ligne face aux défis climatiques, urbains, sanitaires. Anne Hidalgo a déjà rencontré Charles Michel, le président du Conseil européen, et Thierry Breton, commissaire européen, à ce sujet. Aujourd’hui, la Commission ne traite qu’avec les Etats, lesquels sont censés redistribuer. En France, le gouvernement a annoncé un plan France Relance en faveur des collectivités, grâce aux 40 milliards d’euros versés par l’Union européenne ; mais il n’a versé que 34 millions à Paris pour 2021, soit à peine 2% des investissements de la Ville. D’autres projets ? Nous lancerons la saison France-Portugal le 12 février à la Philharmonie de Paris. Je vais redynamiser le jumelage historique entre Rome et Paris, le seul de notre ville, signée en 1956. Nous fêterons également les 35 ans du pacte d’amitié entre Berlin et Paris. Et nous voulons faire des Jeux olympiques de 2024 de véritables Jeux européens.

Propos recueillis par Bertrand Gréco Interview à retrouver sur le Journal Du Dimanche