Le 1er janvier 2022, la France a pris la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne et ce, pour les six prochains mois. La dernière fois qu’elle s’était prêtée à l’exercice date de 2008 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

“Tous les 13 ans, la France a cette responsabilité de porter des ambitions pour l’Europe tout en s’insérant dans un collectif européen”. Ainsi commençait le discours du président Emmanuel Macron, le 9 décembre dernier, lors d’une conférence de presse qui a fixé le cap de la présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE).

> La présidence tournante du Conseil de l’UE : kezako?

Le Conseil de l’UE réunit les ministres des États membres par domaine d’activité. Il s’agit, avec le Parlement européen du co-législateur de l’Union. La France préside donc l’une des trois institutions constituant le triangle institutionnel européen. La présidence est tournante car elle échoit à chaque État membre à tour de rôle. Chacun occupe donc la fonction pendant 6 mois, de janvier à juin ou de juillet à décembre dans un ordre préétabli.

La présidence du Conseil de l’UE a pour missions de suivre l’agenda législatif européen et d’élaborer des compromis afin de résoudre les problèmes politiques entre les Etats-membres ou entre ceux-ci et les institutions européennes. Elle se charge aussi d’organiser et de présider les réunions des ministres par domaine d’activité. En fixant l’ordre du jour, la France pèse donc sur l’agenda législatif européen. En effet, si l’État-membre assurant la présidence au nom des 27 travaille en faveur de la défense des intérêts européens, c’est également une occasion unique de mettre au premier plan ses priorités et ambitions pour l’Europe.

Au fil du temps, l’importance de la présidence du Conseil de l’UE n’a cessé de croître du fait des élargissements successifs qui ont rendu plus difficiles la mise en place de compromis. De plus, la rareté de l’exercice l’a rendu plus marquant pour le pays.

Depuis la ratification du traité de Lisbonne (2009), chaque Etat membre n’exerce plus la présidence tout seul. En effet, il doit collaborer avec deux autres pays. Ce système, dit de “trio”, permet de fixer des objectifs à long terme et de définir les grands axes thématiques qui seront traités pendant une période de 18 mois. Chacun détermine

ensuite ses propres priorités semestrielles. Ainsi, par exemple, l’Allemagne qui assurait la présidence de l’UE au second semestre 2020 a beaucoup compté dans la mise en place du plan de relance européen. Après le Portugal et la Slovénie, la France entame donc un nouveau cycle et travaillera en trio avec la République tchèque au second semestre 2022 et la Suède au premier semestre 2023.

> La Présidence française de l’Union européenne : à quoi peut-on s’attendre ?

Parmi les priorités que le chef d’Etat a mis en avant le 9 décembre, il y a l’harmonisation des salaires minimums dans toute l’UE, la régulation des géants du numérique et la mise en place d’une taxe carbone aux frontières dans le but de faire avancer le pacte climatique. Le tout, pour un objectif : rendre “l’Europe puissante dans le monde”. Lors du lancement, le président de la République a également dévoilé les symboles de cette PFUE 2022 et notamment sa devise : “Relance, Puissance, Appartenance.”

A une échelle plus nationale, la présidence française sera aussi marquée par l’élection présidentielle qui aura lieu en avril prochain. Il n’est donc pas impossible qu’un autre Président de la République soit en poste d’ici la fin du semestre français. Ce cas de figure n’est d’ailleurs pas inédit pour la France. En 1995, l’élection présidentielle s’était déjà immiscée au cœur de la Présidence française du Conseil de l’UE. Jacques Chirac avait alors remplacé François Mitterrand. Quoi qu’il en soit, et depuis que la présidence du Conseil européen et du Conseil de l’UE ont été distinguées avec le traité de Lisbonne, le Président de la République n’est pas celui siégeant à la Présidence. Cette fonction appartient au Ministère des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian

> La PFUE : quelques événements à retenir.

La semaine dernière a eu lieu une rencontre informelle des ministres européens de la Défense et des Affaires étrangères, du 12 au 14 janvier à Brest. Parmi les sujets prioritaires de cette rencontre, la mise en place d’une “boussole stratégique”. Ce futur “livre blanc” de la sécurité et de la défense européennes vise à définir les grandes orientations sur les sujets de défense à l’horizon 2030 et a pour but de protéger les Européens face aux enjeux géopolitiques actuels et d’assurer l’autonomie stratégique du continent. Par ailleurs, pendant cette rencontre, la politique de voisinage européenne a été au cœur des discussions, et notamment la redéfinition des relations de l’UE avec la Chine, l’Ukraine et la Biélorussie.

Un autre grand dossier de cette présidence sera la préparation du sommet UE-Union africaine (UA) des 17 et 18 février à Bruxelles, qui abordera des sujets commerciaux,

sécuritaires et migratoires dans le but de créer une nouvelle relation avec le continent africain.

Finalement, le 10 et 11 mars aura lieu le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement informel qui doit aborder la réforme du pacte de stabilité et de croissance.

Pour suivre le programme de la PFUE, ainsi que les actualités et les comptes-rendus des réunions des ministres : https://presidence-francaise.consilium.europa.eu/

La Maison de l’Europe de Paris lance un cycle de conférences dédié à cette présidence française du Conseil de l’UE. La première rencontre aura lieu ce jeudi de 18h30 à 20h00 et aura pour thématique : Europe puissance, quelles suites opérationnelles pour la politique de défense ? N’hésitez pas à vous inscrire : https://bit.ly/3AcDWc1

Article rédigé par le Centre Europe Direct de la Maison de lEurope de Paris et publié en partenariat avec Voix dEurope le 19/01/2022.