
Du 25 avril au 02 mai 2026, la Maison de l’Europe de Paris et son centre Europe Direct Paris a accompagné quatre jeunes dans un séminaire ERASMUS organisé par l’Europahaus de Bad Marienberg à l’occasion du 75ème anniversaire de l’association. Niché dans les hauteurs boisées du Westerwald, à l’écart des grandes capitales européennes, l’établissement pourrait presque passer inaperçu. Et pourtant, derrière cette discrétion géographique se cache un lieu fondateur du projet européen.
Fondée en 1951, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Europahaus a été pensée non pas pour les institutions mais bien pour les citoyens européens. Elle a d’abord servi de refuge aux exilés ainsi qu’aux nombreuses victimes de la guerre sur le territoire allemand, avant de devenir un lieu où l’on expérimente l’Europe. Depuis plus de soixante-dix ans, des milliers de participants venus de tout le continent s’y rencontrent, débattent et cohabitent le temps de séminaires consacrés aux grands enjeux contemporains.
Grâce à un programme particulièrement dense et une pédagogie progressiste portée par l’équipe organisatrice, nos jeunes, ainsi que des groupes slovaques, allemands et grecs, ont pu faire le tour du thème « Humans and Machines : Utopian Visions for the Digital Future ».
Jour 1 : Installation et rencontre
A l’arrivée, les participants, encadrants et jeunes, se sont rencontrés, dans le bâtiment principal. Les règles de bonne conduite, l’heure des repas, des activités et le fonctionnement global du séminaire ont été expliqués avant de laisser place à une après-midi de repos bien méritée après un long voyage. Cela a également permis de tisser les premiers liens entre les jeunes. Une entente cordiale s’est rapidement créée, avant de partager le premier repas.

Jour 2 : Accueil et introduction au séminaire
Le lendemain, plusieurs activités de cohésion ont rythmé la matinée, notamment des jeux en extérieur permettant de stimuler le dialogue et de faire connaissance.

Ensuite, le premier atelier a pris place sous la forme d’un jeu ludique. Une ligne est placée au sol, séparant la pièce en deux. Un intervenant énonce alors une affirmation comme : « L’intelligence artificielle devrait être complètement interdite dans le cadre scolaire. » Les jeunes en accord avec celle-ci se placent sur la droite de la ligne, ceux contre du côté gauche et s’ensuit alors une séance de débat. Cet atelier a permis d’éveiller les consciences de chacun sur des sujets multiples concernant le thème principal du séminaire, tout en pratiquant l’anglais.

La dernière activité de l’après-midi fut une séance d’expression écrite sur les ressentis, émotions, et convictions de chacun.
La soirée internationale s’est tenue à la tombée de la nuit. Chacun des groupes a mis en avant un pan de sa culture. Nos jeunes Français ont passé une partie de leur journée à préparer des crêpes qu’ils ont pu partager lors de cette soirée. Entre quiz de culture générale, récitation de poèmes, chorales, dégustations, ou encore danses traditionnelles, cette soirée internationale fut un moment de partage instructif et plaisant pour tous.

Jour 3 : IA et la boîte noire, IA comme colocataire
Lors de la troisième journée, de nouveaux ateliers se sont mis en place, toujours accompagnés de jeux ludiques.
Le premier a consisté en une mise en commun d’idées, autour d’îlots thématiques sur les outils numériques les plus utilisés par les jeunes : ChatGPT, Instagram, Snapchat, Pinterest, etc. L’objectif était de faire émerger des discussions sur l’utilité réelle ou fantasmée de ces outils ainsi que sur les tendances addictives et nocives qu’ils peuvent générer. Les jeunes ont notamment réussi à enthousiasmer les organisateurs via leur lucidité vis-à-vis des comportements addictifs comme le « scrolling » ou d’autres problématiques pouvant émerger de l’utilisation abusive des modèles d’intelligences artificielles conversationnelles.
La deuxième activité a été mise en place autour des systèmes de valeurs. Les jeunes ont d’abord été invités à inscrire sur des morceaux de papier les valeurs qui leur semblaient être les plus importantes pour une société moderne. De la fameuse devise connue de tous « Liberté, Egalité, Fraternité » en passant par la productivité jusqu’à la solidarité. Ils ont ensuite été amenés, grâce à un jeu pédagogique, à enchérir en groupes pour acheter ces valeurs et construire leur société idéale. Cet exercice visait d’abord à les faire réfléchir sur leurs propres systèmes de valeurs, pour les amener ensuite à constater quelles étaient les plus importantes pour les citoyens européens. Ils ont constaté, en observant les sommes faramineuses investies dans la liberté, la justice et le respect, que certaines valeurs pouvaient leur paraitre secondaires, comme l’efficacité ou encore l’optimisation.

La dernière activité de l’après-midi fut à nouveau centrée autour des intelligences artificielles et du débat. Les organisateurs ont proposé de multiples idées de gestion de la vie quotidienne par l’intelligence artificielle comme « L’IA doit-elle être en mesure de contrôler l’éclairage public ? ». Les jeunes ont ensuite discuté des risques et des avantages de la mise en place de telles mesures, qui pourraient faire leur apparition dans un futur proche. Ils ont ensuite été invités à régir ce futur hypothétique grâce à des propositions de règles imposées à l’IA, afin d’éviter les dérives et promouvoir un usage sain de ces technologies.
Pour ce troisième jour, la soirée fut rythmée par un rassemblement autour des jeux vidéo rétros. Des consoles et ordinateurs ont été mis à disposition pour jouer à Super Smash Bros, Mario Kart, Just Dance ou encore un karaoké, que de souvenirs d’enfance, pour passer un moment convivial.

Jour 4 : Visite de Bonn
Le quatrième jour fut plus original. Une visite extérieure de la belle ville de Bonn, ancienne capitale d’Allemagne de l’Ouest, a été programmée par l’équipe organisatrice. Dans la matinée, nous avons eu la chance d’être reçus au « Deutsches Museum Bonn », lors de l’exposition temporaire organisée sur les intelligences artificielles. Elisa Laperrière (diplômée de l’Université Paris-Saclay en projets culturels internationaux) nous a accompagnés dans une visite explicative autour de plusieurs ateliers visant à décortiquer leur fonctionnement profond ou leurs limites éthiques et technologiques. La visite s’est terminée par une « rencontre du troisième type » : nos jeunes ont fait connaissance avec AMECA, un robot motorisé par intelligence artificielle. Capable de comprendre toutes les langues que nous avons pu lui soumettre, du français au russe, en passant par le grec, AMECA a également pu épater la galerie grâce à son panel d’expressions faciales. Effrayante pour certains, captivante pour d’autres, l’IA aura fait entrevoir un aperçu des progrès technologiques de demain.

L’après-midi a été consacrée à la visite de la ville de Bonn. Départ depuis l’ancien hôtel de ville et quartier libre pour nos jeunes ! Ils ont pu visiter les nombreuses places authentiques, la superbe cathédrale catholique, mais également goûter aux spécialités locales : curry wurst, döner kebab, ou encore les fameuses spaghettis eis.

Jour 5 : Laboratoire d’une utopie / « Utopia Lab »
Au matin du cinquième jour, de retour à l’Europahaus Marienberg, nous avons assisté à un atelier mi-créatif mi-réflexif. Dans un premier temps, les jeunes se sont concertés, en groupe de 5, sur la forme que prendrait leur monde utopique. Entre système de valeurs, politique ou culture, ils ont dû réfléchir à la place que devrait prendre l’IA dans ce monde fantasmé. La partie créative a ensuite consisté à rendre ce monde utopique plus tangible à travers d’un grand dessin partagé.
Dans l’après-midi, tous les groupes ont été amenés à choisir des personnages à inclure dans leurs mondes fictifs. Ils ont ensuite réfléchi aux différentes problématiques et avantages rencontrés, pour développer des solutions et mettre leurs nouveaux systèmes à l’épreuve. Pour finaliser ce travail de réflexion, ils ont mis en scène leurs personnages et leur monde dans de courtes vidéos ou textes. Pour contextualiser les vidéos, de nombreux travaux manuels ont été réalisés : architecture miniature en cartons, masques et autres types de décors.

Jour 6 : Marche des privilèges et procès en jeu de rôle
Pour ce sixième jour d’activité, les organisateurs ont préparé un jeu de rôle en plusieurs étapes. Durant la matinée, les jeunes se sont vu attribuer des rôles parmi une longue liste. Dans celle-ci figuraient des médiateurs, des membres de la société civile, des juges, des experts, etc. Dans un premier temps, chacun a pu prendre connaissance de son rôle et en apprendre les spécificités. Les jeunes se sont ensuite alignés pour débuter une marche des privilèges. Des affirmations comme : « J’ai un accès fluide à une connexion Internet rapide » ou encore « Ma profession me donne un accès à de nombreuses connaissances sur l’intelligence artificielle », ont été énoncées. Si cela correspondait à la fiche rôle, ils devaient faire un pas en avant. Cela leur a permis de se rendre compte non seulement de la fracture numérique, mais également de mieux comprendre les rôles de chacun.
Dans l’après-midi, la nouvelle d’un procès d’envergure est tombée et chacun a pu y prendre part en conservant le rôle qui lui avait été attribué.

Certains ont joué des familles expropriées, d’autres des membres de la société civile, d’autres encore des juges, des avocats mais également des membres de cette fameuse entreprise appelée « New Planet ».
Durant des concertations parfois houleuses, les jeunes ont eu l’occasion de mettre en avant le point de vue de leur personnage dans des interventions chronométrées de 5 minutes maximum. A la fin, les jurés se sont réunis pour voter et ont décidé à l’unanimité d’empêcher le projet de construction.
Cet exercice complexe a permis à nos jeunes d’exercer avec rigueur leur esprit critique et leur capacité réflexive tout en mobilisant leurs connaissances personnelles. Ils ont dû respecter un protocole et procéder à des prises de paroles concises toujours en anglais. Un exercice enrichissant de tout point de vue, entremêlant compétence technique, connaissance théorique et attitude professionnelle.
Jour 7 : Récapitulatif, retours et diplômes
Le vendredi et dernier jour du séminaire fut consacré aux retours d’expérience. Dans la matinée, les jeunes ont pu revenir avec les organisateurs sur le programme des activités, et en profiter pour partager avec eux leurs critiques et appréciations de cette semaine. Dans l’après-midi, a eu lieu la remise des diplômes. Les jeunes pleins d’émotions en ont profité pour remercier leurs camarades et les organisateurs pour cette expérience partagée.

Interview de Niza Gomez
Ce séminaire réfléchi et construit de bout en bout n’aurait pas pu avoir lieu sans l’implication d’une équipe généreuse, investie et pédagogue. Niza Gomez, une jeune Paraguayenne de 22 ans fut une des têtes pensantes de cette organisation. Avant Bad Marienberg, elle a suivi un cursus en Relations Internationales au Paraguay, à la suite duquel elle a candidaté sur une plateforme nationale. Retenue pour le programme de développement du gouvernement allemand, elle commence donc son service au sein de l’Europahaus de Bad Marienberg où elle décide de prolonger son expérience tant elle apprécie l’équipe et le cadre. Elle y développe le programme du séminaire avec plusieurs objectifs en tête. Il est, selon elle nécessaire, de faire penser les jeunes « outside the box ».
Afin de pousser leurs esprits à la réflexion critique, elle nous décrit plusieurs méthodes. L’équipe et elle souhaitent faire de la salle du séminaire une « safe place » pour les jeunes. Pour cela un climat de confiance est instauré dans lequel chacun se sent libre de s’exprimer sur tous les sujets, même en anglais. Les professeurs accompagnateurs sont invités à rester en dehors de la salle durant les activités, de sorte qu’aucune interférence avec leurs systèmes scolaires respectifs ne puisse advenir.
Niza nous a confié que l’une de ses plus grandes difficultés a été de faire sortir les jeunes de leur cadre de réflexion habituel, souvent pavé et encadré par le système scolaire. Dans ce même objectif, Niza nous décrit également une des grandes réussites de la semaine, « l’Utopia Lab ».
Selon elle, cet atelier a permis de combiner et répartir les intérêts de chacun sur des tâches partagées. Entre créativité, réflexion, rédaction et interventions orales, la multiplicité des compétences attendues a permis à chacun de se sentir inclus et de participer pleinement à la réalisation d’un projet commun.
Ainsi, que ce soit dans les thèmes abordés ou sa pédagogie, ce séminaire inclusif et enrichissant aura permis à nos jeunes d’en apprendre plus sur des thématiques contemporaines, tout en pratiquant l’anglais et en renforçant leurs relations avec de jeunes citoyens de tout horizon européen.



