Soulagement …et inquiétudes…

Les américains viennent d’élire un nouveau président. Jamais les européens n’ont connu un tel soulagement lors d’élections qui ne les concernent pas directement.

D’abord, nous sommes soulagés en politique étrangère et de défense car Donald Trump passait son temps à bousculer toutes les organisations multilatérales que les européens s’efforcent de construire et de défendre. Il choisissait ses alliés parmi les dirigeants les plus discutables. Il a prôné un nationalisme replié sur lui-même avec tout ce que cela recèle d’égoïsme et de vision à courte vue…

Nous sommes également soulagés sur le plan intérieur car la démocratie façon Trump est un dangereux mélange d’ignorance, de démagogie et de fascination pour la violence et la force.

Nous ne savons pas exactement ce que fera le couple nouvellement élu (le président Joe Biden et la vice-présidente Kamala Harris), mais en tant qu’européen on a le sentiment d’être libéré d’un poids qui était devenu de plus en plus pesant au fil des quatre dernières années.

Pourtant, j’éprouve aussi de l’inquiétude et ce n’est pas le nouveau couple élu qui la suscite. Ce sont les électeurs du président sortant.

Je ne parle pas ici de l’électorat traditionnel du parti républicain dont on peut ne pas partager les idées politiques mais qui a des valeurs communes, un langage commun avec le parti démocrate et les démocrates. Je parle d’une nouvelle catégorie d’électeurs, supporters passionnés de Donald Trump lui-même, presque comme les membres d’une secte envers leur gourou. Sans doute ces électeurs sont encore minoritaires au sein du parti républicain et dans l’ensemble des Etats-Unis. Mais ils sont, malgré tout, très nombreux, souvent très convaincus, très « remontés », parfois violents. C’est un électorat qui peut perdurer et augmenter bien au-delà de l’année 2020.

Et quand on prend connaissance, par les nombreuses études que font des universitaires ou autres experts américains sur les origines sociologiques de cet électorat, on est frappé par le fait que ce sont souvent des « blancs », malheureux, bousculés par les transformations du monde, par leurs propres difficultés économiques, par la perte de leurs repères sociaux ou culturels. Pour eux, Trump est l’homme fort et riche qu’ils voudraient être et qui doit les sauver.

En écrivant ces lignes, je pense aux Etats-Unis mais aussi à l’Europe car l’Europe, dans le passé, a souvent suivi les évolutions américaines avec quelques années de retard. C’est ce phénomène qui m’inquiète. Nous aussi, en Europe, nous voyons poindre ces nouvelles catégories de citoyens, bousculés par les changements du monde. Les gilets jaunes en ont été un exemple.

Nous ne sommes pas devant un prolétariat tel que Marx l’avait décrit en insistant sur l’économie et sur l’exploitation de leur travail par les possesseurs de capitaux.

Certes, nous avons toujours ce phénomène d’exploitation financière mais le désespoir de ces électeurs de Trump semble reposer aussi et parfois, surtout sur leur sentiment de déclassement, la perte de leur supériorité sociale « blancs supérieurs aux noirs », sur la perte de leur identité culturelle et sur leur ignorance du reste du monde.

Donald Trump sait leur parler. Il se présente comme un sauveur. Il est fort et défend la force. Il critique les intellectuels et les personnes « raffinées ». Il est riche ce qui montre son efficacité. C’est le sauveur que l’on attendait.

Et chez nous, en Europe ? La crainte que l’on peut ressentir, est que, ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique se passe aussi chez nous. La crise de la démocratie pluraliste, observée en Europe aujourd’hui, l’apparition de dirigeants autoritaires autour du concept « démocratie illibérale », le regain de force des mouvements ultra-natonalistes, ce sont des signes avant-coureurs. Certes, ces mouvements qui sont souvent des mouvements de désespoir sont minoritaires…encore minoritaires. Mais les scores obtenus par Donald Trump sont loin d’être négligeables. Cela fait réfléchir….

Nous les Européens, n’oublions pas les années 30…. et ce qui a suivi….

Catherine Lalumière

10/11/2020