Depuis le 24 février dernier, le contexte politique européen est marqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, constituant alors un tournant historique pour notre continent mais bouleversant également tant de domaines qui sont au coeur de notre quotidien. Au-delà de la problématique du pétrole ou encore du gaz, dont les prix ont connu une hausse exponentielle, la sécurité alimentaire de millions de personnes en vient également à être menacée par la crise ukrainienne. En effet, cette guerre a pour conséquence l’aggravation de l’inflation des prix des produits alimentaires notamment en ce qui concerne les céréales ainsi que les huiles végétales, étant donné que la Russie et l’Ukraine s’imposent comme d’importants pays producteurs et exportateurs de ces denrées alimentaires.  Sanctions économiques et commerciales d’un côté, destruction de sols fertiles ainsi que limitation du transport commercial maritime et ferroviaire de l’autre, le commerce extérieur des deux pays belligérants, et donc leurs exportations agricoles, s’avère radicalement mis à mal par cette guerre. 

Si les conséquences sur le court terme sont d’ores et déjà notables et ressenties, à l’instar du prix des céréales ayant augmenté de 17,1%, l’impact sur le long terme risque d’être beaucoup plus important. Comme l’affirmait Emmanuel Macron lors du sommet du G7 en mars dernier : « La guerre en Ukraine […] est en train de nous créer une situation qui sera encore plus grave dans 12 à 18 mois ». 

Quelle incidence pour les pays de l’Union européenne ?  

Le continent européen ne sera pas le premier et le principal affecté par la crise alimentaire, provoquée par la crise ukrainienne. 

En effet, dépendants à hauteur de 50% en moyenne des exportations de blé russes et ukrainiennes, les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont en première ligne face aux conséquences alimentaires de la guerre en Ukraine. Si les pays de l’Union européenne comptent parmi les moins exposés à cette crise alimentaire, ils ne s’en trouveront tout de même pas épargnés. 

La Commission européenne, en raison de la large autonomie agricole de l’Union européenne, affirme que la disponibilité des biens alimentaires primaires n’est pas menacée par la guerre en Ukraine. La question se pose toutefois en ce qui concerne l’abordabilité de ces denrées en termes de prix. En effet, il semblerait que notre portefeuille sera inévitablement confronté à une inflation continuelle du prix des principales denrées alimentaires due « aux coûts élevés des intrants tels que les engrais et l’énergie fossile », qui rendent plus difficile la production de nos agriculteurs sur le plan économique. Cette situation apparait donc davantage problématique pour les foyers européens à faible revenus, dont l’accès aux biens alimentaires indispensables s’en trouvera inévitablement restreint. 

Quelles mesures ont été prises par l’Union européenne ?  

Afin de lutter contre cette crise alimentaire, prenant une tournure davantage socio-économique en Europe, la Commission européenne a présenté le 23 mars dernier un paquet de mesures destiné à la protection des ménages et des agriculteurs. 

Au-delà de l’aide proposée à l’Ukraine pour protéger sa population et relancer son système d’exportation, l’Union européenne a mis sur pied un ensemble de mesures destiné à protéger ses agriculteurs et ses consommateurs. Parmi celles-ci figurent notamment l’attribution d’une aide de 500 millions d’euros partagée entre chaque Etat membre ou encore la mise en place d’une dérogation temporaire visant à « autoriser la production de toute culture destinée à l’alimentation humaine et animale sur des terres mises en jachère ». En somme, l’Union européenne mise sur l’augmentation et la stimulation de la production agricole pour prévenir ainsi qu’atténuer les risques pesant sur notre sécurité alimentaire. Néanmoins, comme rappelé précédemment, ces derniers concernent davantage l’accessibilité et non la disponibilité des biens alimentaires, ce qui questionne alors la capacité de l’Union européenne à agir directement sur les prix des denrées alimentaires que nous trouvons dans nos commerces. En réalité, celle-ci s’avère largement restreinte, ce qui conduit donc l’Union européenne a simplement encouragé les Etats membres à réduire les taux de TVA afin de permettre aux ménages les plus précaires de s’approvisionner de manière suffisante et à un coût modéré.

Comment s’assurer de la qualité de notre nourriture ?  

Cette politique de production  agricole maximale peut alors susciter des interrogations concernant la qualité des aliments qui finiront dans nos assiettes, d’autant plus que l’Union européenne a, pour ce faire, mis en place un certain nombre de dérogations aux normes et règles agricoles habituelles. Au delà de ces dérogations, l’avancée de certains textes législatifs fut également suspendue afin de faciliter la production agricole. C’est, par exemple, le cas de la mesure visant à diminuer de 50% l’utilisation des pesticides chimiques, qui devait être présentée le 23 mars par la Commission européenne dans le cadre de son « paquet sur la protection de la nature » et de sa stratégie de réforme du système alimentaire intitulée « de la ferme à la table ».  

Tout cela nous invite donc à réfléchir à la qualité de nos aliments, alors même que l’accent est mis sur la quantité produite. La question se pose alors quant aux garanties que nous avons concernant la sûreté des produits alimentaires européens mais également le contrôle entourant cette dernière et, plus particulièrement, l’acteur qui en a la charge ainsi que la responsabilité. 

La qualité de la nourriture étant une problématique et une composante majeure de la sécurité alimentaire, il apparait essentiel de rappeler que celle-ci n’est pas soumise au bon jugement des producteurs et des vendeurs mais est évaluée par une agence européenne, à savoir l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Mise sur pied en 2002, cette dernière a pour rôle de « fournir des avis scientifiques et communiquer sur les risques existants et émergents associés à la chaine alimentaire ». Conformément à sa nature scientifique indépendante et à son objectif de protection des consommateurs, l’EFSA conduit de nombreuses études et enquêtes approfondies concernant la sécurité des aliments produits sur le sol européen, dont les résultats sont constamment rendus publics. En ce sens, elle s’efforce donc de contribuer, à travers ses avis, à la conception des politiques et textes législatifs européens et s’affirme alors comme un garant de notre sécurité alimentaire.  

La guerre en Ukraine a donc remis sur le devant de la scène internationale la problématique de la sécurité alimentaire. Si l’Union européenne ne sera pas confrontée à une véritable pénurie alimentaire, la hausse continuelle prévue du prix des denrées alimentaires en vient à transformer cette crise alimentaire en un bouleversement socio-économique. A défaut de pouvoir intervenir rapidement et directement sur les prix des biens primaires alimentaires, l’Union européenne a donc fait le choix d’orienter son action et sa politique dans le sens d’une hausse de la production agricole.   

Article rédigé par le Centre Europe Direct de la Maison de l’Europe de Paris et publié en partenariat avec Voix d’Europe le 08/06/2022.