L’Ambassade de Russie auprès du Conseil de l’Europe à Strasbourg a voulu célébrer l’anniversaire de l’entrée de la Russie dans cette Organisation.

A cette occasion le Représentant Permanent, M. Ivan Soltanovsky m’a demandé, en tant qu’ancienne Secrétaire Générale du Conseil de l’Europe, d’envoyer une vidéo ou un texte.  J’ai choisi de rédiger un texte dans lequel j’exprime les sentiments contradictoires que j’éprouve sur cette question.

Vous trouverez ce texte ci-dessous.

Le Conseil de lEurope et la Russie

A l’occasion de l’anniversaire de l’entrée de la Russie

au Conseil de l’Europe

Lorsque j’ai quitté le Conseil de l’Europe, en 1994, la Russie n’était pas encore entrée au Conseil de l’Europe, mais on en parlait beaucoup. Pour ma part, j’y étais favorable et j’ai été heureuse, en 1996, lorsque la décision fût prise ; mais, évidemment, cette adhésion n’avait de sens que si la Russie respectait les principes fondamentaux qui sont à la base du Conseil de l’Europe. Or, depuis 25 ans, ce respect s’est « effiloché » et je le regrette profondément car j’aime la Russie et le peuple russe et je voudrais que la Russie soit respectée, admirée et aimée et que sa présence dans le Conseil de l’Europe soit une fierté pour celui-ci.

On s’étonnera peut-être que j’utilise ici un vocabulaire fort peu courant dans les relations internationales ; je parle d’éprouver des sentiments de fierté, d’admiration. Je parle d’aimer. Mais c’est ce que je ressens pour la Russie et le peuple russe. Aussi loin que je remonte dans mes souvenir de jeunesse, il y a Guerre et Paix de Tolstoï, il y a mon admiration pour le génie de Dostoïevski, pour les danseurs du Bolchoï, pour les musiciens comme Tchaïkovski… Plus récemment j’ai apprécié quantité de découvertes scientifiques russes… J’ai été heureuse lorsque j’ai pu contribuer à créer le réseau des Ecoles d’Etude Politiques dont la première fut l’Ecole de Moscou en 1992.

Bref, la Russie est brillante … Le Conseil de l’Europe peut être fier de la compter parmi ses membres. Alors pourquoi ce malaise ?

Il y a quelque chose qui n’est pas satisfaisant. Pour rentrer au Conseil de l’Europe il faut adhérer à des valeurs philosophiques qui figurent dans la Convention européenne des Droits de l’Homme adoptée dès 1950, juste après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, en réaction contre l’idéologie du IIIème Reich de Hitler. Le Conseil de l’Europe repose sur une philosophie politique ; ce n’est pas une organisation philosophiquement neutre.

Certes, chaque Etat, chaque nation, chaque peuple peut avoir son originalité, ses coutumes, ses traditions. Mais les principes humanistes fondamentaux doivent être respectés par tous les pays qui ont signé leur adhésion au Conseil de l’Europe.

Et c’est là que certains pays, dont la Russie, qui sont devenus membres du Conseil de l’Europe, ont déçu ceux qui se réjouissaient de la présence de ce grand pays dans cette Organisation.

Je fais partie de ces personnes qui aiment et admirent la Russie, qui souhaitent développer avec elle les meilleures relations dans tous les domaines (diplomatique, politique, économique, artistique …) mais qui se heurtent face à la volonté de la Russie de conserver sa propre idéologie en ce qui concerne les libertés publiques, les droits de l’homme, le fonctionnement de la démocratie.

Au XVIIIème siècle Pierre le Grand et la Tsarine Catherine II ont fait des choix qui peuvent encore servir de guide. Ils se sont tournés vers l’Ouest et ont voulu faire partie de la civilisation européenne occidentale. Celle-ci n’est pas parfaite mais respecte des valeurs fondamentales permettant de construire ensemble une « Maison commune européenne ».

Catherine Lalumière, Ancienne Secrétaire Générale du Conseil de l’Europe 1989 – 1994

Contexte 

Le Conseil de l’Europe est une organisation intergouvernementale instituée le 5 mai 1949 par le traité de Londres.

A la sortie des Guerres mondiales, affligée de destructions et de souffrances, l’Europe doit faire face à de nombreux défis. Parmi eux, la réconciliation des peuples européens.

Cette situation est alors propice à la création d’une idée ancienne : la construction européenne par la création d’institutions communes. De cette volonté est né le Conseil de l’Europe. Porteur de valeurs humanistes, l’Organisation s’est vue attribuée trois grandes missions :  la protection et la défense des Droits de l’Homme, le renforcement de la démocratie et la promotion de l’Etat de droit.

De dix Etats membres en 1949, le Conseil de l’Europe rassemble aujourd’hui 47 pays. Ecole de la démocratie, il accueille les 27 Etats-membres de l’Union européenne, mais aussi des Etats tels que la Russie, la Turquie, ou encore l’Azerbaïdjan.

Bras judiciaire de l’Organisation, la Cour européenne des Droits de l’Homme, veille à la bonne application de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, plus connue sous l’acronyme CEDH. C’est auprès de cette Cour que les Européens peuvent aujourd’hui introduire des recours s’ils estiment qu’un Etat membre a enfreint leurs droits.

Parmi les grandes réalisations du Conseil de l’Europe, l’on retrouve l’interdiction de la peine de mort en temps de paix comme en temps de guerre. Le continent européen est ainsi le seul où la peine capitale est totalement abolie, en fait ou en droit, à l’exception de la Biélorussie, qui n’est pas un Etat-membre de l’Organisation.

L’actuelle Secrétaire générale du Conseil de l’Europe est Marija Pejčinović Buri.

Catherine Lalumière, Présidente d’honneur de la Maison de l’Europe de Paris, est la première femme à avoir accédé à ce poste entre 1989 et 1994.