Quels sont les moyens de défense du Groenland face aux ambitions expansionnistes américaines ?

Quels sont les moyens de défense du Groenland face aux ambitions expansionnistes américaines ?

 

Le Groenland, considérée comme la plus grande île du monde, avec plus de deux millions de km², est composée de seulement 55 000 habitants. L’île, autonome, mais dans la sphère d’influence du Danemark, est convoité par les États-Unis depuis le XIXe siècle. Début 2026, le président américain Donald Trump a remis au centre de ses préoccupations ce territoire couvert à 80% de glace, pour des besoins de « sécurité nationale ». Découvrez comment le Groenland a gagné son autonomie, pourquoi les Américains s’y intéressent et comment l’île peut se défendre face aux enjeux géopolitiques actuels.

 

Quel est le statut du Groenland au sein de l’UE et du Danemark ?

Ce pays étant soumis à la couronne danoise, ils entrent ensemble dans la Communauté Economique Européenne en 1973. Cette adhésion automatique à fait jaillir un certain mécontentement dans la population groenlandaise, qui s’est sentie contrainte de rester proche des Danois. Un référendum sur le retrait de l’organisation européenne est alors organisé en 1982, approuvé à 52% par la population, provoquant à l’époque le retrait du Groenland, en 1985.

 

Depuis, l’île est seulement inscrite sur la liste des territoires d’Outre-mer de la CEE. Avec l’évolution de la construction européenne, son statut change pour devenir un PTOM (pays et territoire d’Outre-mer) de l’Union européenne. Ce statut est délivré à treize territoires qui dépendent, sur le plan institutionnel, à des États membres de l’UE par exemple la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie Française, Wallis-et-Futuna pour la France.

 

Rattachés à trois États membres, le Danemark, la France et les Pays-Bas, ils entretiennent des liens de coopération avec l’UE. Selon l’Union européenne, leurs citoyens sont reconnus comme des citoyens Européens, ils ne sont pas membres de l’espace Schengen, ne sont pas soumis au droit européen, mais bénéficient du statut d’associés leur permettant des avantages économiques et sociaux. L’objectif de ce statut est de promouvoir « un partenariat visant à favoriser le développement durable des PTOM ainsi qu’à promouvoir les valeurs et les normes de l’Union dans le reste du monde ».

 

Selon l’Union européenne, ce partenariat permet « d’améliorer la compétitivité des PTOM, de renforcer leur résilience, de réduire leur vulnérabilité économique et environnementale et de promouvoir la coopération avec leurs autres partenaires ». Ce dispositif leur permet de diversifier leurs économies, de s’adapter au changement climatique, d’assurer la gestion durable des ressources naturelles et de promouvoir des échanges, la coopération et les partenariats.

 

Ce statut particulier n’est pas à confondre avec celui des neuf RUP (régions ultrapériphériques), comme la Guyane, la Martinique ou la Réunion, qui font partie intégrante de l’UE, mais qui en sont éloignées. Ces régions bénéficient de subventions européennes, comme le programme de Fonds européen de développement régional (FEDER) ou le Fonds social européen + (FSE+) pour leur développement économique.

 

Le Groenland et le Danemark sont, quant à eux, liés depuis plusieurs siècles. En 1814, la plus grande île du monde devient une colonie danoise comme l’indique l’Institut Jacques Delors. Ce statut demeure jusqu’au XXème siècle quand, en 1953, le territoire devient une partie de la communauté du royaume danois. Cela signifie que Copenhague l’administre politiquement, culturellement et économiquement.

 

En 1979, l’autonomie interne du Groenland est accordée, ce dernier devenant alors une « communauté autonome constitutive du Royaume du Danemark ». Ainsi, les Groenlandais dirigent l’île sans Copenhague et le Parlement local acquiert une indépendance politique. Malgré cela, le désir d’autonomie complète du Groenland demeure toujours intact. En novembre 2008, un référendum est organisé sur la plus grande île du monde concernant son autodétermination. Celui-ci est approuvé à une large majorité (75% selon Le Monde), et c’est en juin 2009 que le traité établissant les relations entre le Groenland et le Danemark entre en vigueur. Ce dernier permet à l’île de contrôler pleinement la police, la justice ou encore la gestion des ressources naturelles et le groenlandais devient la langue officielle.

 

Néanmoins, The Conversation indique que le territoire reste dépendant de Copenhague en matière de sécurité et défense et reste soumise à sa Constitution et sa Cour suprême, et le roi danois demeurant alors le chef de l’État. Le traité conclu avec les Danois permet également aux Groenlandais de décider seuls de leur avenir. Cette liberté permet ainsi à l’identité nationale locale de se forger, les habitants se sentant profondément Groenlandais, avant d’être Danois.

 

Ainsi, la question de l’indépendance devient au fur et à mesure une question centrale dans le débat public. Un sondage a en effet été effectué en janvier 2025 par Verian Group, sur la question : « Si un référendum était tenu aujourd’hui sur l’indépendance du Groenland, voteriez-vous oui ou non pour que le Groenland devienne un Etat indépendant ? » à laquelle la population a répondu oui à 56%, démontrant ainsi une volonté locale d’être autonome sur la scène internationale.

 

La mainmise américaine sur le Groenland

Néanmoins, malgré son statut au sein de l’UE et sa relation privilégiée avec le Danemark, le Groenland reste très convoité, notamment par les États-Unis, qui, depuis 150 ans essayent de s’en emparer. Leur intérêt se focalise particulièrement sur l’emplacement stratégique de l’île et ses ressources, mais les dirigeants groenlandais, soucieux de leur indépendance, ont toujours refusé les tentatives américaines de rachat. Voici quelques exemples :

 

En 1867, les États-Unis achètent l’Alaska à la Russie, afin de solidifier leur présence dans le Nord et de s’étendre. Dans le cadre de cette politique, Radio France rapporte que les Américains ont fait une offre à la Couronne Danoise pour racheter l’île. Ce rachat aurait permis d’exercer une pression sur le Canada, alors britannique, seulement, le roi de l’époque, Christian IX, refuse.

 

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Danemark est envahi par l’Allemagne nazie et les Groenlandais s’inquiètent alors pour leur sécurité. Afin de l’assurer, ils font appel aux États-Unis et scellent un accord de « défense du Groenland » en 1941. Ce dernier permet aux Américains d’exploiter les ressources locales pour leur armée.

 

Cependant, à la fin de la guerre, les Danois demandent aux Américains de quitter le territoire, mais ces derniers refusent. Le diplomate américain Brendt Hardt prétexte selon National Geographic que « l’île était considérée comme un élément tellement crucial pour la sécurité des États-Unis ». Pendant la Guerre Froide, le Groenland, situé entre les États-Unis et la Russie, gagne en importance stratégique et les Américains le comprennent très vite. Le sénateur du Maine, Owen Brewster, dit que l’achat de l’île revêt d’une « nécessité militaire » si bien qu’en 1946, les dirigeants militaires américains désignent le territoire comme « indispensable à la sécurité » du pays. Le président Truman propose alors de le racheter pour 100 millions de dollars, mais les Danois refusent encore une fois d’après Radio France.  A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les États-Unis détiennent ainsi trois bases militaires au Groenland.

 

Pour se protéger pendant la Guerre Froide, les dirigeants locaux font une nouvelle fois appel aux Américains pour assurer leur sécurité. Le blog Lignes de défense de Ouest-France rapporte qu’en 1951, un accord de défense est scellé entre le Danemark et les États-Unis leur permettant d’exploiter leurs bases au Groenland et d’en construire de nouvelles, si l’OTAN le juge nécessaire. Aujourd’hui, cet accord est toujours en vigueur, mais l’établissement de nouvelles bases militaires américaines, dépend du gouvernement danois, en vertu de cet accord, et du gouvernement groenlandais, au nom de la loi de 2009 sur son autonomie.

 

A cause des menaces grandissantes d’annexion du territoire par les Américains, la question de l’indépendance de l’île redevient une question cruciale aujourd’hui dans le débat public local. Des élections législatives ont eu lieu en mars 2025 et ont vu la victoire du parti centre-droit avec 29,9%, comme l’indique Le Monde. Le parti indépendantiste, souhaitant une indépendance immédiate, arrive en deuxième place avec tout de même 24,5% des voix. Le contexte international a pesé lourd lors de ces élections, la participation est en effet monté à 70% d’après Le Monde. Le parti de centre-droit a justifié sa campagne sur le fait que le Groenland n’était pas à vendre, et souhaite, pour maintenir l’autonomie locale, sceller un accord de libre-association avec le Danemark ou les États-Unis. Selon The Conversation, « La libre association désigne des accords internationaux entre de petits États et une grande puissance qui leur garantit sécurité, défense et aide financière significative ».

 

Cette possibilité permettrait au Groenland de continuer à bénéficier de son autonomie institutionnelle, tout en préservant ses intérêts sécuritaires. Un accord de ce type avec les États-Unis permettrait au territoire de garder son indépendance tout en créant une collaboration étroite avec ses voisins. Concernant une possible annexion par les États-Unis, l’opinion publique groenlandaise est contre, à une large majorité. Verian Group a sondé la population locale en janvier 2025 en demandant « Est-ce que vous voulez que le Groenland quitte la couronne danoise et devienne une partie des États-Unis ? ».

 

85% des habitants ont répondu non à cette question, renforçant la volonté d’indépendance de la population locale et le rejet de toute présence étrangère sur le territoire. D’après Le Monde, les dirigeants politiques locaux ont réaffirmé leurs aspirations en déclarant le 9 janvier « Nous ne voulons pas être américains, nous ne voulons pas être danois, nous voulons être groenlandais. ».

 

Le Groenland en proie aux enjeux de la géopolitique du XXIème siècle

Depuis sa réélection en janvier 2025, le président Trump menace le monde via des menaces et la signature d’accords commerciaux et a de plus en plus de volontés expansionnistes, notamment envers le Groenland. Selon Toute l’Europe, Donald Trump a déclaré le 6 janvier 2026 « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper ».

 

Cette citation a également provoqué de nombreuses réactions du côté des Européens. D’après Vie publique, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, l’Angleterre et le Danemark, soutenus par le Luxembourg et les Pays-Bas ont déclaré conjointement le 6 janvier 2026 « Le Groenland appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et au Groenland, à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland ». Enfin, Anitta Hipper, une porte-parole de la diplomatie européenne, ajoute « L’UE continuera à défendre les principes de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale et d’inviolabilité des frontières. Et ce d’autant plus si l’intégrité territoriale d’un État membre de l’Union européenne est remise en cause », rapporte le Figaro.

 

Heureusement pour le Groenland, l’OTAN et l’Union européenne le protègent. Il peut par exemple utiliser la clause de défense mutuelle que prévoit l’article 42.7 du traité sur l’UE qui stipule que « Si un État membre est l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies ». L’île, qui n’appartient pas à l’UE, bénéficie alors de cet article par ses liens avec le Danemark. Cependant, chaque État membre décide de l’ampleur du soutien et la Commission européenne ne peut pas imposer l’intervention de l’ensemble d’entre eux.

 

Le Danemark étant également membre de l’OTAN, le territoire groenlandais bénéficie lui aussi de sa défense collective décrite à l’article 5 : « une attaque armée contre un ou plusieurs Alliés sera considérée comme une attaque contre tous ». Chaque État membre juge lui-même « les mesures qu’il juge nécessaires » pour venir en aide à l’État attaqué, lui laissant plus de marge de manœuvre pour ajuster les ressources. Pourtant, les États-Unis sont les premiers contributeurs économiques de l’OTAN et la principale armée au sein de celle-ci, ainsi la défense du Groenland dépend elle aussi des Américains.

 

D’un point de vue militaire et sécuritaire, la plus grande île du monde offre le moyen le plus court pour relier la Russie et les États-Unis, par voie aérienne, en passant par l’Arctique, selon l’IRIS. Cependant, celui-ci est fortement touché par le réchauffement climatique et de nouvelles voies commerciales sont envisageables. Les grandes puissances, comme la Chine, la Russie et les États-Unis, s’y intéressent et essayent de s’imposer dans cet espace, devenu crucial au XXIème siècle. C’est pourquoi les bases militaires américaines présentes au Groenland sont extrêmement importantes et permettent aux Américains d’avoir une présence en Arctique.

 

D’un point de vue énergétique, le magazine Forbes indique que le Groenland contient 1,5 million de tonnes de terres rares, des ressources « indispensables aux batteries, aux énergies renouvelables, à l’électronique avancée, à l’IA et à certains systèmes de défense ». Ce même magazine annonce que le territoire est riche en titane, en or, en uranium, en vanadium, ou encore en cuivre. L’abondance de ces ressources est un prétexte d’intérêt pour les grandes puissances et la fonte des glaces place l’île sur le devant de la scène internationale.

 

Cependant, l’exploitation de ces nombreuses ressources a un coût et demeure très difficile au vu des conditions extrêmes, des températures et des conditions d’accès. De plus, ces ressources sont sous d’épaisses couches de glace rendant l’extraction couteuse et difficile. Les Groenlandais sont conscients de cet enjeu, car, comme rapporte la revue Conflits, ils ont adopté en 2024 « une réglementation renforçant les exigences environnementales et limitant l’extraction des terres rares aux projets conformes aux normes internationales » leur permettant d’avoir un contrôle sur l’extraction des ressources.

 

La coopération européenne, une porte de sortie pour le Groenland ?

Il existe des accords commerciaux entre le Groenland et l’UE, lui offrant un développement économique et social. La coopération dans le cadre des PTOM, accorde à l’île 500 millions € sur la période 2021-2027, d’après l’Union européenne. Outre cette relation, des liens étroits existent entre les deux partis, offrant au Groenland une porte de sortie face aux États-Unis. Le Danemark est, quant à lui, son principal partenaire économique. Il assure en effet une subvention annuelle qui représente 60% du budget groenlandais, une enveloppe qui représente environ 535 millions d’euros, selon France 24.

 

Lors de la présentation du nouveau bureau de l’UE à Nuuk, la capitale groenlandaise, en mars 2024, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé la signature d’accords de coopération entre l’UE et le Groenland. La représentation luxembourgeoise de la Commission européenne indique que cette inauguration marque « la présence concrète de l’Europe au Groenland et dans la région arctique au sens large ».

 

La création du bureau de l’UE à Nuuk a permis à Ursula von der Leyen de réaffirmer la coopération entre l’Europe et le Groenland. Une alliance qui s’inscrit sur plusieurs priorités d’après la fiche d’information sur le partenariat :

 

  • L’éducation et les compétences pour développer une main d’œuvre de qualité capable de maitriser les technologies de pointe
  • La croissance verte et l’énergie renouvelable
  • La protection des matières premières, la réduction des gaz à effet de serre et la préservation de l’espace arctique
  • La protection de la paix en arctique, et que ce dernier devienne un espace propice à la coopération et la science

 

Conclure des accords avec l’UE permet au Groenland de protéger ses ressources et d’avoir un développement économique et social via leur exploitation. De plus, il diversifie ses échanges commerciaux, protège ses ressources et bénéficie d’un développement économique et social important. On assiste également à un changement de regard sur le territoire, il n’est désormais plus une simple périphérie danoise, mais un partenaire politique et économique avec lequel il est important d’avoir des liens au vue de la situation géopolitique actuelle.

 

L’accord permet également à l’UE d’exploiter les ressources groenlandaises et de s’inscrire dans la lutte contre le réchauffement climatique, et ainsi mettre en œuvre son pacte vert. Le Groenland est le PTOM le plus stratégique pour l’Europe, il est important pour elle de faire fructifier les liens et d’être présent et influent en Arctique via cette coopération.

 

Au vu de la situation actuelle, The Conversation indique que l’Europe peut-être pour l’île un bon partenaire économique et sécuritaire, par ses valeurs et son cadre juridique. Cependant, le Groenland se retrouve pris en tenaille entre Donald Trump, qui durcit les droits de douanes, et Vladimir Poutine, qui espère faire de la Russie un acteur majeur dans l’Arctique. A cause de la fonte des glaces, cet espace devient l’enjeu majeur du XXIème siècle et le territoire se retrouve engagé, malgré lui, dans des luttes de pouvoirs entre grandes puissances.

Maison de l'Europe de Paris

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