Chypre à la présidence du Conseil de l’UE : maintenir le cap dans un monde en danger

Chypre à la présidence du Conseil de l’UE : maintenir le cap dans un monde en danger

 

 

Depuis le 1er janvier 2026, Chypre est à la tête de la présidence du Conseil de l’Union européenne, et ce jusqu’au 30 juin, clôturant ainsi le trio commencé par la Pologne, suivi par le Danemark. Il s’agit de la deuxième présidence pour cet état qui a rejoint l’Union européenne en 2004. La première présidence chypriote avait eu lieu en 2012, et si à l’époque Nicosie, capitale de l’île, avait axé son mandat sur la protection sociale, cette fois-ci le sujet est tout diffèrent et fait écho aux deux présidences précédentes, axées elles aussi sur l’intégrité et l’existence de l’Union : « Une Union autonome, ouverte sur le monde ». En outre, conformément au système de rotation des présidences du Conseil de l’UE, institué depuis le début de la construction européenne, l’existence d’un trio permet d’assurer que les principaux thèmes soient traités dans la continuité des deux présidences antérieures.

 

Les priorités de la présidence chypriote sont articulées autour de 5 points : l’autonomie par la défense, la sécurité, et la préparation ; l’autonomie par la compétitivité ; une Union autonome ouverte sur le monde ; une Union autonome de valeurs, qui ne laisse personne de côté ; un budget à long terme au service d’une Union autonome. Nicosie a choisi, par contre de ne pas laisser de côté des sujets qui lui sont chers, comme la promotion du développement social et économique de la communauté chypriote turque ; le développement et la rénovation des infrastructures ; la favorisation de la réconciliation, le renforcement de la confiance et le soutien à la société civile ; le rapprochement de la communauté chypriote turque de l’UE.

 

Pour les non-initiés, il est étrange de parler de deux communautés pour l’île, partagée en deux par une « ligne verte » et par les incompréhensions qui ont marqué l’histoire de ce peuple, comme le détaille le site de la fondation Robert Schuman. Oui, il existe bien une République chypriote et une division, et il est vrai aussi que Chypre a adhéré à l’UE en tant que territoire divisé. Par contre et conformément aux documents et à la législation européenne, l’ensemble de l’île fait partie de l’Union ! Par exemple les Chypriotes turcs qui possèdent des documents de voyage de l’UE sont considérés Européens. Même si l’île a deux langues officielles, le turc et le grec, seul le grec fait partie des 24 langues reconnues par l’UE. Quant à l’« acquis communautaire », il est suspendu dans la partie nord, tant que la question chypriote n’est pas réglée. D’ailleurs, il convient de rappeler que l’occupation turque d’une partie de l’île est l’objet de différends avec la Commission européenne concernant la normalisation des relations UE-Turquie comme les discussions autour de l’adhésion de la Turquie à l’UE. La Turquie est de facto candidate, même si les négociations sont au point mort depuis un bon moment.

 

Du point de vue géographique, Chypre est la troisième plus grande île de la région du nord-est de la mer Méditerranée, avec une surface d’un peu plus de 9000 kilomètres carrés, pour une population de seulement un million de personnes. Depuis 1974, quand la Turquie envahit l’île sous prétexte d’un coup d’état fomenté par la junte militaire d’Athènes, 36 % de la surface de l’île est sous occupation turque. La séparation est marquée par une ligne verte virtuelle, mais ne représente pas une frontière extérieure de l’UE. La ligne verte est en fait une zone tampon démilitarisée, dans laquelle la mission des Nations unies, l’UNFICYP s’y est installée pour surveiller la situation du cessez-le-feu.

 

Située au carrefour de l’Afrique et de l’Europe et considérée comme l’île de naissance de la déesse grecque Aphrodite, l’île a longtemps, été autonome et connue sous le nom de Alachia ou Kupros (cuivre, en grec) convoitée et occupée par plusieurs autres nations : les Perses, les Grecs, les Romans, les Byzantins, les Francs, les Turcs ottomans et enfin les Britanniques (de 1878 à 1960). Les Anglais gardent encore de nos jours des enclaves militaires sous la souveraineté de la Couronne. Son patrimoine enrichi de toutes ces cultures, la culture hellénistique restant la plus durable, Chypre a des fortes similitudes de nos jours avec la culture grecque, même si la domination ottomane a duré presque trois siècles. Les Turcs ottomans ont cédé contre leur gré l’administration de l’île à la couronne britannique en 1878, à la suite de conflits russo-turcs. La Première Guerre Mondiale transforme le statut de l’île, elle devient totalement britannique en 1914, mais dans les années 30, les Chypriotes manifestent et militent pour une libération et un rattachement à la Grèce. En 1960 Chypre se proclame indépendante.

 

Pendant ce temps, Ankara toute proche garde un œil sur l’île et dès 1964 commence ce que les historiens appellent une épuration ethnique, tente de récupérer la partie nord de l’île, épisode tragique et douloureux que l’écrivaine turque Elif Shafak décrit très bien dans son livre intitulé « L’île aux arbres disparus ». Plus de 250 000 chypriotes grecs sont déplacés, on dénombre des milliers de morts et disparus et en 1983 la partie occupée de l’île devient la République turque de Chypre du Nord : elle est reconnue uniquement par la Turquie.

 

Aujourd’hui, la ligne verte se compose de points de passage entre les deux parties, vers la rue Ledra, grande rue commerçante de Nicosie. Loin d’un passé qui reste douloureux et source de ressentiments, Chypre espère retrouver une forme étatique cohérente, peut-être sous la forme d’une fédération, sinon d’une réunion de l’île. Sur le plan géopolitique, l’île divisée se confronte aux dures et complexes réalités européennes, et mondiales, impossibles à résoudre sur le court terme : guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, changement de vision de la politique américaine, avènement de la Chine etc. Déterminée et forte, Nicosie espère marquer sa présidence en favorisant la paix et le compromis en dignité et respect, tout en restant tributaire des valeurs de l’Union européenne.

 

 

Maison de l'Europe de Paris

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