Qualifiée de « Commission géostratégique », la Commissions Von der Leyen a affiché dès le début ses ambitions en matière de leadership mondial responsable.

L’Union européenne entretient des relations diplomatiques avec la plupart des pays du globe en nouant des partenariats stratégiques, des accords commerciaux et d’associations, à la fois bilatéraux ou régionaux. Partisane du multilatéralisme et d’un ordre mondial fondé sur des règles, elle a, pas à pas et au fil des traités européens consécutifs, développé une politique étrangère et de sécurité commune, couramment dénommée PESC, depuis quelques décennies.

> La diplomatie européenne ou la politique étrangère « institutionnelle » de l’UE : un rappel historique

Le Traité de Lisbonne marque l’obtention par l’UE de la personnalité juridique internationale, mettant fin au « bricolage » juridique en matière de PESC. Les trois piliers créés par Maastricht sont regroupés dans un même titre relatif à « l’action extérieure de l’Union ». La représentation internationale de l’UE gagne ainsi en cohérence, stabilité et visibilité. La fonction de président du Conseil européen, doté d’un mandat de deux ans et demi, est créé et le statut de « Haut représentant pour les affaires étrangères et de sécurités » est refondé. Il détient dès lors deux casquettes : celle du président du Conseil des affaires étrangères ainsi que celle de vice-président de la Commission. Actuellement, c’est l’espagnol Josep Borrell qui assure la fonction de Haut représentant, en étant assisté par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE).

La logique est purement institutionnelle et vise à rapprocher les autorités en charge des politiques extérieures communautaires (voisinage, développement et coopération internationale, aide humanitaire) et celle de politique étrangère de sécurité et de défense.

> Le Haut Représentant et le Service européen pour l’action extérieure de l’UE

Avec le Traité de Lisbonne, le Haut Représentant se voit également attribuer la gestion du Service européen pour l’action extérieure (SEAE). La création de ce Service annonce, en réalité, un pas supplémentaire vers une unification de l’UE en matière de diplomatie et donc affirme une « voix commune » plus forte de l’Organisation sur la scène internationale. Aujourd’hui, l’UE entretient des relations diplomatiques avec la majorité des pays du monde grâce à ses accords, à ses aides financières ou humanitaires, mais aussi à travers son réseau de délégations, 140 actuellement, qui remplissent le rôle des véritables ambassades européennes. La dernière délégation en date se trouve à Londres et a été inaugurée le 1er février 2020 à la suite du Brexit.

> Un positionnement de leadership fort par la Commission von der Leyen

Avec une politique étrangère plutôt proactive, l’UE intervient dans des situations de prévention ou de structuration. Longtemps critiquée pour son parti-pris en tant que « puissance normative » ou « soft power », l’UE tend à s’assumer de plus en plus en tant qu’acteur international fort.

La Commission Von der Leyen affiche d’ailleurs parmi ses six priorités celle d’« une Europe plus forte sur la scène internationale ». Elle y inclut la politique étrangère, la politique européenne de voisinage, la coopération internationale et du développement, l’aide humanitaire et la protection civile, la politique commerciale, la sécurité et la défense ainsi que l’élargissement de l’UE, une politique industrielle de défense. Qualifiée à plusieurs reprises de Commission « géopolitique », la Commission de l’ancienne ministre allemande de la défense ambitionne la création d’une « Europe puissance », aussi partagée par la France.

> Crise sanitaire, terrorisme … La nécessité d’une Europe puissance

Selon Clément Beaune, Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, le contexte actuel est une opportunité pour l’Europe de se positionner sur la scène internationale et de cesser de « se comporter en herbivore dans un monde peuplé de carnivores »1. La souveraineté européenne n’est pas abstraite, comme cela s’est vu dans la gestion de la crise sanitaire de la COVID19. Le vaccin par exemple a été négocié au niveau européen par la Commission et non au niveau national par chaque pays.

Les dirigeants européens sont également impliqués directement dans la stratégie internationale de lutte contre la menace terroriste. Un nouveau programme européen de lutte contre le terrorisme devrait voir le jour très prochainement, se cristallisant autour de trois domaines : la prévention, la protection des frontières extérieures, et la mise en place des actions au niveau opérationnel.

Lors du Forum de Paris sur la Paix 2020, qui s’est tenu en digital, Josep Borrell affirme que la revitalisation du multilatéralisme sera un des grands objectifs pour UE en 2021 et que « l’autonomie stratégique de l’UE n’est pas un luxe, encore moins une illusion ».

L’UE se positionne donc comme acteur à part entière dans la recherche d’une réponse collective à la pandémie de Coronavirus, à la mise en place de l’accord de Paris et l’atteinte des objectifs du développement durable (ODD). Elle parle d’une voix commune contre le terrorisme, développe une industrie européenne de défense, se positionne sur le commerce international …

L’UE est-elle en train d’affirmer sa géopolitique à l’échelle mondiale ?

Pour en savoir plus, suivez nos conférences sur ce sujet « Une Europe plus forte sur la scène internationale » le mardi 24 novembre à 16h, et « Le système de combat aérien du futur SCAF » le 15 décembre à 16h.

Article rédigé par le Centre d’Information Europe Direct de la Maison de l’Europe de Paris et publié en partenariat avec Voix d’Europe le 18/11/2020.