Un héros européen

Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, est mort, assassiné dans des conditions atroces et la France est en deuil. Mais l’Europe tout entière l’est aussi. L’Europe non seulement condamne toute mort violente quel qu’en soit le motif, mais elle reconnait et protège la liberté d’expression, motif pour lequel ce crime monstrueux a été commis.

Nous espérions que les leçons de l’histoire nous avaient guéris à jamais des tentations d’intolérance et de sectarisme. Nous pensions que l’époque des massacres de la Saint-Barthélemy et des guerres de religion était définitivement révolue. Nous avons construit l’Europe après le IIIe Reich de Hitler précisément pour rendre impossible un nouvel holocauste et toutes les horreurs qui avaient été commises à l’époque. Or, aujourd’hui, on voit renaître les vieux démons sur le sol européen.

C’est toute la construction européenne qui est blessée et fragilisée.

La construction européenne n’est pas seulement un marché unique s’occupant exclusivement de questions économiques, financières, monétaires. Elle est aussi, elle est d’abord, un choix culturel et philosophique, celui des valeurs que l’on a appelées “humanistes” car elles visent la protection des êtres humains.

Cela s’est traduit très officiellement dans des textes de Droit qui s’appliquent à tous ceux qui vivent sur le territoire européen. Le Conseil de l’Europe, dès 1950, a adopté la Convention européenne des Droits de l’hommes, qui s’applique aujourd’hui, en principe, aux 47 Etats membres. L’Union européenne a adopté de son côté la “Charte des Droits fondamentaux”, aujourd’hui intégrée au Traité de Lisbonne.  Ces deux grands textes se complètent et expriment les mêmes valeurs, les mêmes principes. C’est le socle philosophique et en même temps très concret, essentiel, de la construction européenne.

Le crime de Conflans-Sainte-Honorine est non seulement horrible, mais il est très inquiétant pour l’avenir car il montre aujourd’hui le degré d’ignorance et de vulnérabilité d’une partie des jeunes de notre population et notamment on est même surpris de constater la difficulté de beaucoup de personnes à comprendre des caricatures. Elles n’ont pas le “sens de l’humour”. Elles ne font pas la différence entre le premier et le second degré. Bref, ce sont des principes de base de notre société qui sont ignorés. Evidemment, je ne parle pas ici du rôle, malheureusement éternel, des individus à l’égo surdimensionné, ivres de pouvoir et qui manipulent très bien les plus faibles.

Pour toutes ces raisons aujourd’hui plus que jamais, et malgré les risques encourus, nous avons le devoir d’enseigner, d’expliquer, de convaincre et de lutter contre ce qu’il faut bien appeler les “forces du mal”. De même, il est évidemment nécessaire que les Européens à l’aise dans la société et connaissant bien les valeurs de celle-ci prennent la peine de comprendre le malaise et les difficultés de ceux qui n’ont pas eu la chance d’être instruits et de connaitre ces valeurs qui sont notre richesse.

Pour faire tout cela, nous ne devons pas nous tromper de combat. Il ne s’agit plus de “ferrailler” entre nous sur des choix politiques finalement secondaires ; il s’agit de lutter pour défendre l’essentiel, sur ce qui est absolument fondamental pour qu’on puisse, tout simplement, “Vivre ensemble”.

 

Catherine Lalumière

Présidente de la Maison de l’Europe de Paris

22/10/2020