Les fêtes de fin d’année : existe-t-il une tradition commune européenne ?

Les fêtes de fin d’année : existe-t-il une tradition commune européenne ?

 

 

 

En France, certaines familles laissent encore, le soir de Noël, une assiette en plus sur la table.  Ce couvert, vide mais symbolique, était autrefois destiné à un voyageur égaré, à une personne dans le besoin ou même à l’âme d’un défunt venu partager le repas. Ce geste d’hospitalité et de mémoire rappelle que, malgré la fête, Noël reste un moment de lien entre les vivants et les absents. Ce petit rite, souvent oublié, s’inscrit dans une mosaïque de mythes et traditions d’hiver qui traversent l’Europe depuis des siècles.

 

De la Saint-Nicolas à la galette des Rois : un long chapelet de fêtes d’hiver

 

La Saint-Nicolas, célébrée le 6 décembre, marque le début des festivités de fin d’année dans de nombreux pays européens. Bien que les célébrations varient d’une région à l’autre, elles trouvent toutes leurs racines dans une tradition commune. Prenant de l’ampleur et quittant le cadre strictement religieux au fil des temps, elles mettent en scène Saint Nicolas, un personnage quasi-légendaire inspiré de l’évêque lycien Nicolas de Myre. Une légende, en particulier, racontait qu’il avait sauvé des orphelins d’une mort atroce. Lors des célébrations dont le déroulement peut différer selon les régions, Saint Nicolas récompense les bons comportements des enfants en les gratifiant de cadeaux ou de friandises, souvent assisté d’un compagnon à l’allure menaçante, qui est chargé de punir ceux qui n’ont pas été sages.

 

Dans les régions du Grand Est, la Saint-Nicolas est l’une des fêtes les plus importantes de l’année.

En Lorraine, notamment à Nancy, on y organise une grande parade, avec chars, musiques et distribution de friandises. Les enfants reçoivent les traditionnels mannalas, des brioches en forme de petit bonhomme. En Alsace et en Moselle, Saint Nicolas visite parfois les villages, les écoles ou les maisons, toujours suivi du Père Fouettard. Ces traditions donnent le coup d’envoi officiel des célébrations de Noël dans toute la région.

 

En Europe de l’Est, la fête de Saint Nicolas est également très vivante et fait partie intégrante du calendrier d’hiver, parfois encore plus qu’en Europe occidentale. En Pologne, le 6 décembre, les enfants reçoivent leurs cadeaux de Mikołaj, qui passe souvent à l’école ou entre discrètement dans les maisons pendant la nuit. En Hongrie, Mikulás apporte des friandises rangées dans les bottes laissées près de la fenêtre. Les enfants y trouvent des chocolats… mais les moins sages reçoivent aussi un bâton en bois symbolique.

 

En RoumanieMoș Nicolae remplit les chaussures préparées par les enfants. S’ils ont été sages, ils reçoivent fruits et chocolats ; s’ils ont été turbulents, une baguette en signe d’avertissement.

 

En République tchèque et en Slovaquie, Saint Nicolas (Mikuláš) se promène dans les rues accompagné d’un ange et d’un démon. Il interroge les enfants et récompense les plus méritants.

 

En Croatie, là aussi, la tradition est très forte : des friandises pour les sages, un morceau de bois ou de charbon pour rappeler les règles aux autres. Dans toute cette région, Saint Nicolas est souvent plus important que le Père Noël, car il incarne une morale ancienne : récompenser l’effort, encourager le bien, rappeler la valeur des gestes justes.

 

Sainte-Lucie ou une Fête de la lumière au cœur de l’hiver nordique

 

La Sainte-Lucie, célébrée chaque année le 13 décembre, est l’une des fêtes hivernales les plus emblématiques d’Europe du Nord. Dédiée à Lucie de Syracuse, une jeune martyre chrétienne du IVᵉ siècle, elle marque symboliquement, avec l’Avent, le début de la saison de Noël. Si elle était autrefois répandue dans toute la Chrétienté occidentale, c’est aujourd’hui en Europe septentrionale qu’elle perdure avec le plus de vigueur. On la retrouve notamment en Suède, Norvège, Danemark, Finlande, Islande, mais aussi dans certaines régions d’Italie (notamment en Vénétie et en Lombardie, où Santa Lucia apporte des cadeaux aux enfants) et en Croatie.

 

Avant sa christianisation, le 13 décembre correspondait à la nuit la plus longue de l’année, c’est-à-dire l’ancien solstice d’hiver. La fête de Sainte-Lucie conserve donc un caractère profondément symbolique : celui d’une victoire de la lumière sur l’obscurité. C’est pourquoi elle est associée à des processions lumineuses, à des chants, et à des mets traditionnels censés réchauffer l’atmosphère dans les pays où les journées d’hiver sont particulièrement courtes.

 

La Suède est aujourd’hui le pays où la fête de la Sainte-Lucie est la plus spectaculaire et la plus institutionnalisée. Dès l’aube du 13 décembre, dans les écoles, les églises et parfois même dans les entreprises, une procession s’organise : à sa tête, une jeune fille vêtue d’une robe blanche, ceinturée de rouge, portant une couronne de bougies (aujourd’hui électriques pour des raisons de sécurité). Elle est suivie de “demoiselles de Lucie”, de “garçons aux étoiles” et parfois d’enfants déguisés en lutins ou en pains d’épice.
Le cortège chante notamment le traditionnel Sankta Lucia, un hymne emprunté à une mélodie napolitaine du XIXᵉ siècle et après la procession, on y partage des lussekatter, brioches au safran en forme de “S”, ainsi que du café ou du glögg, un vin chaud épicé.

 

 

En Suède, cette fête est perçue comme un véritable rite de passage vers la période de Noël : chaleureuse, familiale, et profondément enracinée dans l’identité culturelle nordique. Au Danemark, la Sainte-Lucie (Luciadag) est moins solennelle qu’en Suède mais tout aussi festive. On y organise des processions à l’école ou dans les paroisses, mais aussi, particularité danoise, des processions sur l’eau. Chaque année, à Copenhague, les kayakistes décorent leurs embarcations de guirlandes lumineuses, lanternes, bougies LED et naviguent le long des canaux ou dans le port. Le cortège, flottant et scintillant, attire de très nombreux spectateurs. Cette tradition récente (mise en place par les associations de kayak) s’est rapidement installée comme un rendez-vous incontournable de la période de Noël à Copenhague. Cette adaptation moderne respecte l’esprit de la Sainte-Lucie : célébrer la lumière qui perce l’obscurité, tout en lui donnant une dimension urbaine et maritime très danoise.

 

 

 

Dans les autres pays scandinaves, la fête de la Sainte-Lucie reste présente mais sous des formes plus discrètes qu’en Suède. En Norvège, le Luciadagen est célébré surtout dans les écoles, où les enfants défilent avec des couronnes lumineuses en chantant le Luciasangen. En Finlande, la tradition est particulièrement forte dans la communauté suédophone : on y élit chaque année une Lucia nationale qui ouvre une grande procession illuminée à Helsinki. En Islande, la fête est plus marginale, mais l’on observe ponctuellement des processions inspirées du modèle suédois, surtout au sein des communautés scandinaves établies sur l’île.

 

La célébration de noël : les repas symboliques

 

La célébration de Noël en Europe s’accompagne presque partout d’un repas riche en symboles, véritable cœur des traditions du 25 décembre. Si chaque pays possède ses spécialités, tous partagent l’idée d’un festin réunissant famille et proches. En France, on déguste souvent la dinde aux marrons, le foie gras ou la bûche, tandis qu’en Italie, le repas s’ouvre fréquemment sur des poissons et fruits de mer avant le traditionnel panettone. En Allemagne et en Europe centrale, l’oie rôtie, le chou rouge et les biscuits épicés dominent les tables, alors qu’au Royaume-Uni le “Christmas dinner” met à l’honneur turkey, stuffing et Christmas pudding. Qu’ils soient sucrés ou salés, ces plats emblématiques rappellent l’abondance, la chaleur du foyer et la convivialité qui caractérisent Noël à travers le continent.

 

Mais outre ces traditions culinaires on retrouve d’autres croyance. En Pologne, par exemple, il est coutumier de mettre du foin sous la table, conformément à une autre coutume très ancienne en souvenir de la crèche où est né Jésus.

 

 

Superstitions et présages du Nouvel An

 

Le passage au Nouvel An est en Europe un moment chargé de superstitions destinées à attirer la chance. Le soir du 31 décembre, s’échanger un baiser à minuit sous le gui, est un symbole ancestral de protection et de renouveau, pour assurer bonheur et harmonie dans l’année à venir. En Espagne, une tradition très répandue veut que l’on mange douze grains de raisin au rythme des douze coups de minuit : réussir à avaler chaque grain sans s’interrompre garantirait prospérité et bonne fortune.

 

Quant aux résolutions, elles forment un rituel plus moderne mais désormais incontournable : en se fixant de nouveaux objectifs, on espère influencer positivement le destin et ouvrir la porte à un cycle plus heureux. D’autres croyances se manifestent à travers les vêtements portés lors du réveillon : en Italie et en Roumanie, les sous-vêtements rouges, souvent accompagnés d’un peu d’argent sur soi, symbolisent la richesse et la chance, tandis qu’au Portugal, on privilégie le bleu, couleur associée à la protection et à la sérénité. Aussi en Roumanie, il est coutume de manger du poisson pour ainsi traverser l’année comme un poisson dans l’eau. En Irlande, la transition vers la nouvelle année se vit de manière plus collective et symbolique : les habitants suivent le compte à rebours et les feux d’artifice diffusés à la télévision nationale, puis entonnent à minuit le chant traditionnel « Auld Lang Syne », marquant ainsi le passage du temps, la mémoire partagée et l’espoir d’un nouveau départ.

 

L’Epiphanie pour couronner le tout

 

L’Épiphanie, célébrée début janvier, vient clore en douceur la période des fêtes en Europe. Cette tradition, qui commémore la visite des Rois mages à l’enfant Jésus, donne lieu à des coutumes gourmandes et conviviales. En France et en Belgique, on partage la célèbre galette des rois, généralement fourrée à la frangipane, même si certaines régions préfèrent la version briochée parfumée à la fleur d’oranger, dans laquelle se cache une fève qui désignera le roi ou la reine du jour. En Espagne, le Roscón de Reyes orne les tables, souvent accompagné de cadeaux offerts le 6 janvier, tandis qu’en Italie la Befana, vieille femme bienveillante, distribue friandises ou charbon aux enfants. Partout, l’Épiphanie marque la fin symbolique des festivités tout en prolongeant l’esprit de partage et de joie.

 

Conclusion

 

À travers l’Europe, les fêtes de fin d’année prennent des formes multiples, rythmées par une grande diversité de rites, de croyances et de traditions. Derrière les décorations, les repas et les célébrations contemporaines se cachent des héritages anciens, parfois religieux, parfois païens, mais toujours profondément ancrés dans la mémoire collective. En effet, à travers cette période de fin d’année, nous pouvons observer un héritage commun fondé sur le partage, la solidarité et la générosité. Bien que ces fêtes aient ensuite été adaptées aux coutumes nationales, il existe néanmoins en Europe des célébrations communes selon les régions, telles que la Saint-Nicolas ou la Sainte-Lucie. Toutes conservent un même désir d’aspirations positives.

 

Ayant grandi à Aubagne, capitale du santon et de céramique, j’ai moi-même été nourrie par une tradition de fin d’année bien particulière : celle de vouloir la plus belle crèche. En Provence, le santon n’est pas un simple objet décoratif ; il représente une racine culturelle, un lien fort avec l’histoire locale et la transmission familiale. Chaque personnage raconte un métier, un village, une façon de vivre, et fait de la crèche un véritable récit populaire. Les concours de la plus belle crèche, encore organisés dans certaines communes, illustrent parfaitement cet attachement : ils ne célèbrent pas seulement une scène religieuse, mais aussi le patrimoine, le savoir-faire et l’identité régionale. À l’image des traditions européennes évoquées tout au long de cet article, la crèche provençale rappelle que les fêtes de fin d’année sont avant tout un moment de mémoire, de transmission et de partage.

 

 

 

 

Maison de l'Europe de Paris

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