Présidence Tchèque du Conseil de l’Union européenne : ce qu’il faut savoir.

« Nous pouvons affirmer que le monde ne sera plus le même après l’agression de la Russie » a déclaré Petr Fiala, Premier ministre tchèque lorsqu’il a dévoilé le programme de Prague en juin.

Tous les six mois, un État membre est désigné pour présider le Conseil de l’Union européenne. La République Tchèque succède à la France et sera suivie de la Suède.

Voici ce qu’il faut savoir sur la présidence du Conseil de l’UE et notamment sur les priorités de la Présidence Tchèque au Conseil.

 

I. Qu’est-ce que la présidence du Conseil de l’UE ?

Créé en 1958 et réformé à plusieurs reprises (notamment par le Traité de fusion des exécutifs communautaires de 1967), le Conseil de l’UE est une des principales institutions de l’Union qui partage avec le Parlement européen le pouvoir législatif. Le Conseil de l’UE, à ne pas confondre avec le conseil européen, réunit les ministres de chaque pays de l’UE pour qu’ils examinent, modifient et adoptent des actes législatifs et coordonnent leurs politiques. Afin de mieux organiser les travaux de l’institution, le Conseil de l’UE est présidé non pas par un président unique, mais par le gouvernement d’un État membre. La présidence du conseil joue un rôle significatif dans l’organisation de l’institution, particulièrement dans l’impulsion du processus de décision législatif et politique. Le gouvernement du pays membre se chargera d’organiser et de présider les réunions ainsi que les groupes de travail au sein du Conseil.

La présidence du Conseil de l’UE s’organise, depuis le traité de Lisbonne, sous une forme de « trio » aussi appelé le principe de « troïka ». Cela signifie que 3 Etats membres vont, à tour de rôle, s’échanger le poste de présidence du conseil pour une durée de 6 mois chacun, tout en se coordonnant pour permettre une meilleure continuité de l’action politique. Aujourd’hui le « trio » de présidence se compose de la France (1er janvier – 30 juin 2022), de la République Tchèque (1er juillet – 31 décembre 2022) et de la Suède (1er janvier – 30 juin 2023). C’est donc au tour de la République tchèque de porter la Présidence du Conseil de l’Union européenne avec Jan Lipavsky, ministre tchèque des Affaires étrangères.

Avec comme slogan « L’Europe comme une mission » la République Tchèque fait référence à son ancien président, un fervent partisan de la fédéralisation de l’Europe.

Néanmoins, la République Tchèque fait face à des tensions intérieures, à l’inflation ainsi qu’une forte dépendance au nucléaire et au gaz russes ; ce qui explique une position ambiguë face à la Russie.

La République Tchèque assure cependant son soutien à l’Ukraine et fait de son adhésion à l’UE une priorité absolue. Ce soutien est davantage marqué par les priorités du programme de la Présidence Tchèque du Conseil de l’UE.

II. Quelles sont les priorités du programme de la Présidence Tchèque du Conseil de l’UE ?

À la prise de son mandat le 1er juillet 2022, la République Tchèque a défini 5 domaines prioritaires qui sont étroitement liés à l’agression russe contre l’Ukraine :

  • La gestion de la crise des réfugiés et la reconstruction de l’Ukraine dans l’après-guerre ;

La République Tchèque veut ainsi favoriser l’action face à la crise de réfugiés en Europe, la plus grave depuis la seconde guerre mondiale, puis aider à rétablir les infrastructures-clés, apporter des fournitures de services essentiels et parvenir au rétablissement de la stabilité économique.

  • La Sécurité énergétique ;

Afin de mettre en place des mesures pour ne plus dépendre d’un pays qui menace directement l’Union européenne, la République Tchèque se focalisera sur la recherche et la diversification de nouvelles sources d’énergies.

  • Renforcer les capacités de défense de l’Europe et la sécurité du cyberspace ;

En partenariat avec l’OTAN, la République Tchèque se concentrera sur le renforcement de la sécurité et des capacités de défenses pour faire face à l’instabilité croissante à l’échelle mondiale.

  • Résilience stratégique de l’économie européenne ;

La pandémie de Covid-19 et l’agression russe contre l’Ukraine ont déstabilisé les économies mondiales (choc inflationniste, incertitudes sur les marchés, etc.). Ainsi, pour renforcer la résilience stratégique économique, la République Tchèque veut encourager la compétitivité technologique sur la base des compétences européennes de production, tout en approfondissant le libre-échange avec les États démocratiques dans le monde.

  • Résilience des institutions démocratiques.

L’agression Russe nous rappelle que la stabilité à long terme de l’Europe repose sur des mécanismes démocratiques qui fonctionnent. C’est pourquoi la République Tchèque se focalisera notamment sur le financement transparent des partis politiques, de l’indépendance des médias et du dialogue ouvert avec les citoyens.

 

Ce programme permet de refléter les positions pérennes et les priorités que la République Tchèque défendra au sein de l’Union européenne. De plus, Prague veut agir contre la dépendance énergétique européenne à l’égard de la Russie alors que les 27 ont rencontré des difficultés politiques pour mettre en place un embargo sur le pétrole russe et que la République Tchèque elle-même dépend fortement du gaz russe.

 

Ces points mis en place par la présidence du Conseil de l’Union répondent aux différents défis actuels, notamment géopolitiques et économiques survenus depuis le début de l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine.

Article rédigé par le Centre Europe Direct de la Maison de l’Europe de Paris et publié en partenariat avec Voix d’Europe le 01/09/2022.