Alors que la Présidence française du Conseil de l’UE vient de s’achever le 30 juin 2022, la Présidence Tchèque va devoir elle aussi redoubler d’efforts afin d’adopter de forts projets de lois dans un contexte géopolitique bouleversé.

Pour rappel, la présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE) avait établi trois priorités : une « Europe souveraine », une « Europe à taille humaine » et un « nouveau modèle de croissance ». Synthétiquement, un ensemble de lois dans les domaines jugés prioritaires par le gouvernement français a été voté au Conseil de l’UE, néanmoins la guerre en Ukraine a quelque peu réorienté l’agenda. Parmi ces lois, on aperçoit le Digital Market Act (DMA) et le Digital Services Act (DSA) visant à réduire la domination économique des grands groupes numériques ainsi que la diffusion de contenus et produits illicites en ligne.

C’est également durant cette présidence française qu’a été adopté un ensemble de 6 paquets de sanctions dirigé contre la Russie, à la suite de son invasion menée en Ukraine. Dans la continuité de la guerre, la PFUE, mais plus généralement l’ensemble des 27 Etats membres, ont soutenu la candidature de l’Ukraine à l’UE. Le voisinage à l’Est de l’UE n’a pas été le seul au centre de l’attention des européens, puisqu’un accord a été conclu avec l’Afrique prévoyant un investissement de 150 milliards euros dans des domaines clés afin de renforcer leur partenariat. Au niveau écologique, le Mécanisme d’ajustement carbone au frontières (MACF) a été adopté et incite les pays hors Union européenne à mettre en vigueur des politiques pour lutter contre le changement climatique sous peine de se voir payer une taxe.

Enfin, il est possible de citer la fin de la Conférence sur l’avenir de l’Europe le 9 mai 2022, qui a entraîné la soumission de plus de 300 mesures des citoyens européens et englobant 9 domaines sur lesquelles les institutions européennes doivent tranchées dans les plus brefs délais. On peut cependant nuancer quelque peu les effets de cette conférence puisque, bien qu’elle fût un exercice de démocratie participative, elle s’est faite avec un ensemble de personnes déjà initiées aux affaires européennes. C’est donc dans un contexte particulièrement difficile, avec le retour de la guerre en Europe, que va se dérouler la présidence tchèque du Conseil de l’UE, 13 ans après la première. Cette dernière s’axe autour de 5 priorités voulues par les dirigeants tchèques, toutes en lien direct ou indirect avec la guerre en Ukraine.

 

> La guerre en Ukraine au cœur de l’agenda tchèque

La première priorité se trouve être sans aucun doute la guerre en Ukraine où la Tchéquie a prévu de s’inscrire dans la continuité avec une double mesure à la fois de sanctions vis-à-vis de la Russie, mais aussi une politique de livraison d’armes à l’Ukraine. De plus, la présidence tchèque souhaite poursuivre le pilotage de l’accueil des réfugiés ukrainiens au sein des pays de l’UE, mais aussi dans une perspective plus large, penser la reconstruction de l’Ukraine une fois l’invasion militaire russe terminée. Effectivement, gérer l’afflux des réfugiés, plus de 6 millions désormais, nécessite des structures plus importantes pour les accueillir, le gouvernement tchèque prévoit donc de travailler de concert avec la Commission Européenne afin de mettre en place une politique adaptée.

 

> La sécurité énergétique, une nécessité pour préserver la souveraineté de l’Union Européenne

En lien avec la première priorité, assurer la sécurité énergétique de l’Union Européenne se trouve être aussi un enjeu crucial de la présidence tchèque. Le retour de l’impensable en Europe, à savoir la guerre Russo-Ukrainienne, a souligné la grande dépendance de l’Union Européenne vis-à-vis du gaz Russe, de surcroît la République Tchèque dépendant à 100% du gaz Russe, l’enjeu est d’autant plus important pour elle. C’est par le programme RepowerEU, déjà mis en place par la Commission Européenne, visant à supprimer la dépendance au gaz russe en diversifiant les sources d’approvisionnement, que la République Tchèque compte poursuivre le développement d’un approvisionnement énergétique viable pour l’Europe.

Le dernier point de conflit est l’approvisionnement universel à tous. Ce dernier sous-entend la gratuité du raccordement de tous. Il est possible de s’interroger sur la faisabilité d’un approvisionnement gratuit. La ressource hydrique étant soumise à une certaine logique de marché ne peut pas modifier son équilibre. La gratuité d’approvisionnement n’est pas envisagée pour le moment par les institutions européennes. Un autre moyen doit être trouvé pour garantir l’accès à l’eau potable.

La dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis des énergies russes a donc soulevé la question de la souveraineté énergétique. De plus les énergies importées de Russie ne sont pas en adéquation avec les objectifs climatiques fixés par la Commission Européenne. L’enjeu est cependant pour les européens de ne pas remplacer une dépendance par une autre. Cette dépendance énergétique ne compromet pas seulement l’approvisionnement en énergie de l’UE, elle finance malheureusement en partie l’invasion en Ukraine. De là émane la nécessité de développer en plus d’une indépendance énergétique, une résilience économique.

 

> La volonté d’augmenter la résilience économique européenne

Dans cette même dynamique, la République Tchèque veut promouvoir la résilience économique vis-à-vis des Etats autoritaires. Permettre à l’Union Européenne d’être souveraine économiquement, c’est forcer l’UE à « réduire drastiquement sa dépendance à l’égard de régimes hostiles ou instables ». Effectivement, nous le voyons aujourd’hui, réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie sur l’énergie est chose complexe. Qu’en sera-t-il si un conflit éclate entre Taiwan et le régime Chinois ? Développer la résilience économique de l’Union Européenne, c’est multiplier sa crédibilité et son poids durant les conflits. La Tchéquie s’attèlera aussi, dans un travail de concert mener avec tout le Conseil de l’UE, à tenter de limiter l’inflation.

 

> L’impératif de réaffirmer une démocratie en perte de vitesse

Outre l’augmentation du commerce avec les pays démocratiques, l’UE aspire aussi à être davantage démocratique. En effet, à l’heure d’un essoufflement démocratique affectant l’ensemble des pays européens, la présidence tchèque souhaite dans la lignée de la COFE réaffirmer les valeurs démocratiques qui caractérisent l’UE. Pour cela, le gouvernement tchèque souhaite mettre l’accent sur la transparence des partis politiques mais aussi sur une plus grande indépendance des médias

 

> La Défense et la cyber sécurité, enjeux majeurs de la présidence tchèque

En voyant les précédents enjeux énoncés nous nous apercevons qu’ils sont tous de manière directe ou indirecte, amplement marqués par la guerre en Ukraine. La dernière problématique n’échappe pas à la règle puisqu’elle concerne le domaine de la défense et de la cyber sécurité. Dans cette optique, la présidence tchèque souhaite vérifier la mise en place du plan de boussole stratégique qui vise à renforcer la politique de sécurité et de défense de l’UE d’ici 2030. Le but est de poursuivre l’idée de défense incarnée par l’OTAN mais d’augmenter sa capacité d’intervention rapide et son expertise militaire. En plus de ce renforcement sur le plan militaire, le but est aussi de consolider le cyberespace européen afin d’éviter à la fois le développement des fake news déjà bien présentes et en même temps de préserver l’Union Européenne d’une cyber-attaque, en particulier en temps de vives tensions avec la Russie.

C’est donc une nouvelle présidence du Conseil de l’UE qui démarre, marquée par la guerre aux portes de l’Union Européenne. La République Tchèque compte mettre l’accent sur les 5 priorités évoquées précédemment. Néanmoins en pleine période d’inflation économique, cette présidence s’annonce avec un budget limité comme l’a précisé le gouvernement tchèque. Quoiqu’il en soit la Présidence tchèque est fortement attendue et devra se montrer à la hauteur des défis qui l’attendent, tous corrélés entre eux, la guerre se déroulant toujours à nos frontières.

 

Article rédigé par le Centre Europe Direct de la Maison de l’Europe de Paris et publié en partenariat avec Voix d’Europe le 01/07/2022.