Première des six grandes priorités de la nouvelle Commission européenne, le Pacte Vert pour l’Europe était présenté en décembre 2019 par Ursula von der Leyen. Ayant vocation à innerver l’ensemble des grandes politiques européennes, cette initiative politique en faveur du climat pourrait bien être la carte à abattre dans une Europe en constante quête de légitimité..

Si l’Europe peut sauver le climat, le climat peut aussi sauver l’Europe !” C’est du moins ce que peuvent laisser penser les données eurobaromètres analysées par la société de sondage d’opinion public, Kantar France. Alors que les dernières élections européennes avaient suscité nombre de craintes relatives à une percée des parties eurosceptiques, les résultats avaient finalement déjoué les pronostics les plus pessimistes. Avec un taux de participation bien supérieur aux élections précédentes, ce sont les partis écologistes qui avaient finalement créé la surprise. Bien que les intérêts économiques aient guidé le vote des Etats de l’Est et méditerranéens, ce sont majoritairement les questions environnementales qu’ont eu à cœur de défendre les Français, Allemands, Néerlandais, Suédois ou encore Finnois. 

> Le Pacte vert pour l’Europe, “le plus grand défi et la plus grande chance de notre temps” ? 

Face à l’urgence climatique et répondant à l’intérêt croissant des Européens pour la protection de l’environnement, Ursula von der Leyen abattait ses cartes seulement quelques jours après sa prise de fonction : le “Pacte Vert pour l’Europe” serait la grande priorité de son mandat. L’engagement de sa Commission en faveur d’une neutralité carbone du continent européen d’ici 2050 avait alors fait le tour des médias. “C’est une mesure importante et urgente pour le respect des Accords de Paris expliquait Jens Althoff, directeur de la Fondation Heinrich Böll en France. “Le Pacte Vert est aussi l’occasion de relancer l’économie par l’investissement. Il s’agit de faire de l’Europe le leader de l’économie décarbonée”*. 

> De la logique des silos à une protection transversale de l’environnement 

Si la Commission Von der Leyen n’est pas la première à s’engager en faveur du climat, le Pacte Vert pour l’Europe a d’inédit son angle d’attaque. “La grande nouveauté consiste en une sortie d’une logique des silos afin d’adopter une protection transversale de l’environnement, expliquait Camille Huba, conseillère économique à la Représentation de la Commission européenne en France. En effet, si Frans Timmermans a été nommé Commissaire exécutif en charge de la lutte contre le changement climatique, ce sont sur les portefeuilles de nombre de ses collègues que se répercuteront ces mesures : énergie, transports, stratégie industrielle, agriculture. 

> Une transition écologique équitable pour tous ? 

Une transformation écologique de cette ampleur semble rendre inéluctable de grands bouleversements sociaux, notamment dans les régions charbonnières, celles qui dépendent d’industries qui émettent beaucoup d’effet de serre mais aussi chez les agriculteurs qui seront amenés à revoir leurs techniques de production. Un pan entier du Pacte Vert sera de ce fait consacré au financement des mesures de transition et à l’accompagnement des plus vulnérables. Le réel défi pour l’Union sera de démontrer que l’on peut être durable, compétitif et équitable. 

> Le Pacte Vert : de l’agenda politique à la réalisation concrète

Mais alors que des milliers de jeunes continuent à exiger des réponses relatives à l’avenir de notre planète, les mesures concrètes tardent à arriver. Le scepticisme de certains quant à la capacité d’action de l’Union européenne n’a fait que croître ces dernières semaines. La difficulté des Etats-Membres à aboutir à un consensus sur le Cadre financier pluriannuel laisse en effet planer le doute quant aux financements vertigineux qui devront être concédés par ceux-ci pour le Pacte Vert. Jens Althoff pointait d’ailleurs du doigt les désaccords du couple franco-allemand, incapable ces derniers mois de jouer le rôle de moteur dans les négociations financières. Et l’Union n’est pas au bout de ses peines… Elle devra également jouer avec les plus récalcitrants dans la mise en oeuvre du Pacte : La Pologne par exemple a refusé de s’engager sur l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. 

Pas assez ambitieux pour certains, chimère voire coup de communication pour d’autres… quelque soit le positionnement des Européens, les engagements pris ont au moins eu le mérite de lancer un signal au reste du monde : alors que la Chine et les Etats-Unis se disputent la révolution numérique, l’Europe se doit et a l’ambition de faire sienne la révolution écologique…

*En 2020, la Maison de l’Europe de Paris organise un cycle de conférence “Priorités de la Commission européenne”, dont la première rencontre a porté sur “Le Pacte Vert pour l’Europe”. Les citations de cet article ont été récoltées à cette occasion, le 25 février dernier. Pour plus d’informations sur le Pacte Vert pour l’Europe, cliquez ici

Article rédigé par le Centre d’information Europe Direct de la Maison de l’Europe de Paris et publié le 25 /03/2020.

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