« Nous avons fait preuve d’audace… » avait répété à trois reprises Ursula von der Leyen lors de son discours d’investiture de la nouvelle Commission européenne du 27 novembre 2019. Elle avait rappelé les avancées du projet européen : la paix, le marché unique, l’élargissement à l’Est. Désormais, les Européens font face à de nouveaux défis historiques pour l’avenir de l’Union européenne (UE) : devenir le premier « continent neutre sur le plan carbone », une « Europe qui protège », garantit un « mode de vie européen » et adapte l’économie aux défis du XXIème siècle.

> Une entrée en fonction tardive

La formation du nouvel exécutif européen a été prolongée d’un mois. Les auditions d’octobre 2019, où les députés européens avaient évalué les compétences et les capacités des vingt-sept candidats, n’avaient pas permis de constituer, pour le 1er novembre, le nouveau collège des commissaires.
Après des semaines supplémentaires d’auditions de candidats, la nouvelle présidente de la Commission a réussi à convaincre le Parlement. Les députés européens, qui l’avaient élue de justesse le 16 juillet dernier, ont finalement approuvé le collège des vingt-six nouveaux commissaires européens (sans le commissaire britannique) pour cinq ans, à 461 voix pour, 157 contre et 89 abstentions.
Le Parlement européen, désormais tripartite, entre Socialistes et Démocrates (S&D), Renew Europe et le Parti Populaire Européen (PPE), laisse une place importante à la négociation et au compromis. De plus, dans cette recomposition politique, l’appui des Verts se révèle déterminant.

> De la lutte pour le climat : première priorité de la nouvelle Commission

En effet, la cause écologique occupe une place centrale dans la politique européenne. A la suite de l’entrée en fonction de la Commission, Ursula von der Leyen a présenté, le 11 décembre 2019, son « pacte vert » ou « green deal ». Ce pacte proposera, en mars 2020, une nouvelle stratégie de croissance en Europe et une législation européenne globale sur le climat. A partir de 2021, au moins 40 % du budget de la politique agricole commune et 30 % des subventions à la pêche devront être consacrés à la lutte contre le changement climatique. De plus, la présidente de la Commission a dévoilé une liste de « 50 actions pour 2050 » et envisage également de renforcer les normes en matière de qualité de l’air et d’énergie renouvelable.

> Du rapprochement entre citoyens et projet européen : un besoin de résultat

La montée des populismes et des nationalismes vient accroître la méfiance des citoyens envers le projet européen et impose à Ursula von der Leyen de redonner « un nouvel élan à la démocratie européenne ». Par cette deuxième priorité, la Commission améliorera la réglementation européenne afin d’assurer une meilleure transparence du processus de décision, fonder l’élaboration des politiques sur des données probantes, encourager la consultation et participation citoyenne et répondre aux besoins et inquiétudes des Européens. Dans cette optique, un premier vice-président, Frans Timmermans, a été nommé afin de garantir que chaque proposition respecte le principe de subsidiarité et de proportionnalité. Selon le premier, l’intervention de l’UE est moins nécessaire lorsqu’un dossier peut être traité efficacement par les pays de l’UE. Selon le deuxième, l’action de l’UE ne doit pas aller au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs.

En promouvant « une économie au service des personnes », comme une troisième priorité, l’UE vise à réduire la pauvreté et les inégalités, les obstacles à l’emploi et à l’investissement, associant ainsi stabilité avec équité et responsabilité démocratique. Pour ce faire, la Commission apportera un soutien renforcé auprès des PME qui représentent 99,8% des entreprises en Europe. De plus, l’achèvement de l’Union bancaire fait partie des objectifs de la nouvelle Commission et est vu comme le saut fédéraliste le plus probant depuis la création de l’euro et un moyen de surveiller les banques et résoudre leurs défaillances.

> Vers la préservation d’un mode de vie et des valeurs européennes

Alors que des menaces pèsent sur l’état de droit en Europe, la garantie d’un « mode de vie européen » est une quatrième priorité de la Commission der Leyen. Elle vise à préserver la justice et les valeurs fondamentales de l’UE en lançant un mécanisme dédié à la protection des droits fondamentaux en finalisant l’adhésion de cette dernière à la Convention européenne des droits de l’homme. Il importe aussi à la Commission de réformer la gestion des demandeurs d’asile en renforçant la coopération des Etats membres et en proposant un agenda européen en matière de migration.

> Une Europe « qui protège », innovante et renforcée sur la scène internationale

Les facteurs environnementaux, économiques et technologiques font émerger au niveau mondial une menace réelle pour la sécurité. Au regard de l’inconstance de l’allié américain, d’une Russie hostile, de la concurrence chinoise et du terrorisme, la Commission, dont l’action apparaît alors plus géopolitique que politique, insiste sur la protection des citoyens et de ses frontières extérieures.
La Commission européenne consacre sa cinquième priorité à faire de l’Europe un espace « adapté à l’ère numérique ». Alors que l’Europe fait figure de référence en matière de protection de données et de télécommunication, elle révèle un retard dans certains pans de l’économie numérique comme les nouveaux outils de partage et de sécurisation des données.

Afin de renforcer la position de l’UE dans le monde, la Commission, par cette sixième priorité, fera de l’Europe un espace attrayant pour les entreprises. Il est primordial pour l’UE d’adopter une stratégie globale de voisinage à l’égard de l’Afrique et une perspective européenne envers les pays des Balkans. Ainsi, la Commission établira une approche coordonnée de l’action extérieure de l’Union européenne qui inclut autant l’aide au développement que la politique de sécurité et de défense commune.

La Commission d’Ursula von der Leyen entre en fonction dans une période déterminante pour les Européens, qui souhaitent un renforcement de l’UE sur la scène mondiale. L’enjeu est de taille : les six priorités de la Commission sont autant de chantiers que de responsabilités historiques des dirigeants européens envers leurs administrés. « Mettons-nous au travail » appelait la cheffe du nouvel exécutif européen à la fin de son discours d’investiture, rappelant que la responsabilité des dirigeants européens et la confiance des peuples sont les fondements d’une Europe active et reconnue dans le monde.

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Article publié le 19/12/2019 par le Centre d’information Europe Direct de la Maison de l’Europe de Paris en partenariat avec Voix d’Europe.